(photo : Morante de la Puebla avec Santiago Abascal, président du parti Vox)


Les temps que nous vivons sont des temps qui convoquent. La haine et l’antisémitisme, la violence et le racisme, nous ne pouvons plus faire comme si tout cela ne nous concernait pas. Et lorsque les vagues brunes viennent salir les plages de nos passions, détourner le regard ferait de nous des complices.
Beaucoup vont trouver ça ridicule, m’accuseront de prendre la pose, mais je n’irai pas, cette année, voir toréer Morante de la Puebla. Ni Javier Jimenez, ni Serafin Marin, si jamais ça m’était venu à l’esprit. Ces toreros, plus le maestro retiré Francisco Rivera Paquirri et quelques autres, militent ouvertement pour Vox, le parti d’extrême droite qui, depuis les élections régionales andalouses de l’hiver dernier, trouble le jeu politique espagnol.
Vox soutient soi-disant la tauromachie. Les imbéciles de toreros cités plus haut ne sont pas capables de voir qu’en fait, Vox utilise la tauromachie – et la lâcheté des autres partis, ceux de gauche en tout premier lieu – par pure stratégie électorale. Et que ce qui fonde cette référence à la corrida est basée avant tout sur les fantasmes de l’Espagne héroïque et du virilisme absolu qu’elle véhicule. C’est bien la connerie des fascistes, de confondre la virilité et le courage. Mais Vox, qui défend publiquement l’héritage de Franco, promeut aussi la haine des femmes, et exige l’abolition des lois contre les violences qui leur sont faites, sous le prétexte que ces lois stigmatisent les hommes ! 
La politique prônée par Vox est ouvertement antidémocratique et réactionnaire. Suspension des gouvernements régionaux, annulation des mesures visant à corriger les crimes de Franco, fermeture des mosquées, renforcement du rôle de l’Église catholique, expulsion des migrants. Y a plus qu’à tirer la chasse.
Je refuse d’aller rêver devant un type qui soutient ces saloperies. Morante a le droit de penser ça. J’ai le droit de refuser de l’ignorer. De la même manière que je ne lis pas les livres de Rebatet, d’Édouard Drumont ou les pamphlets de Céline, je n’irai pas le voir toréer à Arles, où je suis pourtant ce jour-là, pas plus qu’à Séville le 2, le 6 et le 10 mai. 
Disons que je refuse de faire comme si la tauromachie n’avait rien à voir avec le monde.

JEAN MICHEL MARIOU

Publié avec son aimable autorisation.