Dorian dans ses oeuvres, photo Ph. Capdevielle

Garlin dimanche matin, fiesta campera, 3/4 d’arène.

2 novillos de Pedraza de Yeltes.

Hector Guiterrez ovation, Manuel Diosleguarde ovation et saluts. Ce dernier a été sélectionné pour l’après-midi.

La journée vue par Nicolas Couffignal

Garlin, l’après-midi novillada du printemps. Lleno de no hay billetes.

6 novillos de Pedraza de Yeltes.

Dorian Canton, vuelta al ruedo et deux oreilles; Manuel Diosleguarde, oreille et silence après avis; Alejandro Mora, oreille et silence après deux avis.

La tarde vue au travers de l’objectif de Matthieu Saubion

C’est un jour historique pour les arènes de la « Porte du Béarn » : plus un billet en vente, bien qu’heureusement tout le monde soit rentré. Près de 2000 spectateurs venus parfois de très loin, c’est une belle récompense pour la peña garlinoise qui n’a pas toujours eu des jours aussi fastes mais qui n’a jamais cédé au découragement. A ces bénévoles, au président Philippe Tort, à Jean Gilbert, il faut tirer son chapeau pour cette réussite. Elle doit beaucoup à la présence du béarnais Dorian Canton qui a amené du monde sur les gradins mais aussi au cartel dans son ensemble et notamment à la présence pour la septième fois des Pedraza de Yeltes dont le ganadero fut récompensé en piste par Marcel Garzelli au nom des clubs taurins du sud-ouest et par Miguel Darrieumerlou pour le compte de l’Association des Critiques taurins.

Présentation remarquable tout au long de la journée de ce cru de Pedraza, lourd, haut, armé et dans le type de la maison bien connue désormais dans notre région. Au moral on aura préféré le matin plutôt que le soir avec une mention pour le second de cette matinée, le plus complet de la journée. L’après-midi les premiers et seconds surtout se distinguèrent, la suite manqua de caractère mais toréable, « maniable » comme le disent les critiques modernes. Le sixième était plus compliqué, cherchant les planches et se réservant.

Hector Guitterez face à un novillo très sérieux violent nous a beaucoup plut par son engagement et la pureté de son toreo en matinale. Le jeune mexicain avait déjà fait de l’effet sans picador, à Arzacq notamment. Il a confirmé. Ses échecs à l’épée avec laquelle il ne s’est livré qu’au quatrième envoi ont été la cause de son éviction. Dommage, mais bon, comme on le sait l’acier est essentiel… De la qualité chez Dioslaguarde: le meilleur Pedraza de la journée lui échut, il le tomba d’une entière au premier essai; cela fit la différence.

Dorian Canton est devenu aux yeux du public Béarnais un héros, à juste titre d’ailleurs, et pour une fois tous les médias régionaux étaient présents ; beaucoup de jeunes et des néophytes attirés par cette personnalité singulière et sympathique étaient là aussi. Très à l’aise face au premier et cela dès sa réception à la cape, il eut pu couper un appendice s’il ne s’était pas manqué à l’épée. Il y eut une pétition, la présidence ne la jugea pas suffisante. Il n’est pas facile d’ouvrir le bal Le second transmettait moins mais Dorian qui voulait marquer le coup appuya sur l’accélérateur et connecta avec les tendidos dans la deuxième partie de sa faena. L’ estoconazo de l’après-midi lui valut une double récompense.

A son premier passage, Manuel Dioslegaurde, décidément choyé par le sorteo, eut des bons moments à la muleta notamment un début de faena élégant qui donna le ton d’un travail un peu décousu mais souvent orné de détails plaisants. Il finit par une épée un poil tombée mais efficace. L’ensemble lui valut une oreille. C’est un garçon attachant qui a de bonnes manières et veut faire les choses bien. Il est donc à revoir. Il fut un ton au-dessous par la suite, l’opposant ne se prêtant guère à briller.

Mauvais lot pour Alejandro Mora qui pourtant nous a séduits pas sa détermination et sa façon de peser sur l’adversaire. Il le fait sans vulgarité et le final de sa seconde faena malgré les réticences de l’animal qui cherchait  les planches à chacune de ses sorties de passe. Sa façon de se recentrer et de garder l’adversaire dans les plis d’une muleta ferme et élégante aurait pu lui valoir une sortie en triomphe s’il n’avait mis du temps à tuer. Il en avait coupé une à son passage précédent aux mêmes motifs : l’autorité sur l’animal et l’élégance de ses manières, deux qualités difficiles à réunir qui font un vrai style.

Le soleil était de la partie, l’organisation aux petits oignons et la musique parfaite. Tout cela a fait de cette novillada une journée qui remonte le moral, avec un public nouveau et enthousiaste. Elle renforce l’implantation de la corrida dans le Béarn et permet à Dorian de poursuivre un chemin décidément brillant.

Pierre Vidal        

Photos Alain Sabathier