Jerez de la Frontera (Cádiz),  . Feria del Caballo. Toros de Núñez del Cuvillo

El Fandi, un avis et oreille , oreille;

José María Manzanares, ovation avec salut , deux oreilles;

Roca Rey, ovation avec salut , deux oreilles. 

Entrée:  lleno

Jerez. El Fandi. Manzanares. Roca Rey. 17.05.19 | MAURICE BERHO from Mundotoro.com on Vimeo.

LA BONNE VOIE

Un lleno à Jerez c’est un motif d’espérances : on n’avait pas vu cela depuis la venue de José Tomas en raison d’un passage obligé par l’abono. Un public jeune dans sa majorité, chic et élégant ; jerezano donc. La veille pour la corrida de rejoneo, il y avait foule déjà : plus de 2/3 d’arène ; dans la patrie du cheval, le caballeros en plaza avaient donc retrouvé la ferveur d’antan : Diego Ventura comme Léa Vicens s’y sont distingués en coupant deux oreilles chacun. Hier, les gradins de cette incommode plaza étaient entièrement couverts.

La corrida de Nuñez del Cuvillo, compte tenu de la catégorie des arènes, était parfaitement présentée, peu armée mais dans le type, homogène aussi pesant autour des 500 kilos. C’est le toro de Jerez, une féria que l’on doit juger en tenant compte des critères locaux. L’ensemble fut discret sous le cheval, voire inexistant, mais noble par la suite, mobile avec une transmission suffisante pour assurer les succès comme les aiment ce public un tantinet triomphaliste. Le premier Nuñez (Madroreño) obtint une vuelta méritée : il est dommage qu’il ne soit pas tombé dans des mains plus élégantes que celles d’El Fandi.

Le Grenadino fit ce qu’il put avec ses moyens : il fut varié à la cape avec un quite par zapopinas remarqué, brillant aux banderilles mais, comme toujours, balourd avec la percale qu’il manie comme un maçon la truelle, de profil, brusque, sans temple ni profondeur. Ainsi la pétition d’indulto, injustifiée de toute manière, ne put aboutir et, en quelque sorte, David, par sa maladresse, aida le président à résister aux appels inconsidérés du public. Son second passage fut du même tabac : intéressant durant les deux premiers tiers, anodin au dernier, pourtant essentiel.

Il faut peu de chose désormais pour que la belle mécanique de José Mari Manzanares ne se dérègle. Un peu de vent par exemple. Ainsi, son fan club trouvera des excuses à une prestation anodine. C’est peu dire qu’il soit passé à côté de son sujet, superficiel et surtout fuera de cacho du début à la fin. Il y eut quelques séries isolées, la dernière notamment, qui nous firent regretter les grands moments de l’Alcantino en d’autres temps –avant sa blessure. Il plut cependant, car il n’a rien perdu de son habileté à l’épée et sa conclusion, emportant les suffrages, lui permit de sortir en triomphe.

On attendait Roca Rey et, conformément aux prévisions -et à ses prétentions-, le diestro peruano a répondu aux espérances. Un peu en dedans à son premier passage, il a lâché les chevaux par la suite, alors sa décision et son entrega ont fait merveille. Au sixième, faena rotunda commencée à genoux au centre du ruedo, avec des passages de bon goût, toujours centré, des naturelles basses et templées comme on les aime au sud de l’Andalousie et comme aussi le permettait ce bon toro de Nuñez del Cuvillo. Conclusion « paroxistique » : sept bernardinas ajustées au millimètre et une épée fulminante. Soyons juste : c’est lui le véritable héros de cette belle soirée.

« Il prend trop de risques ! » me dit-on à la sortie… Mais à quoi sert de toréer si ce n’est à risquer sa vie ? N’est-ce pas la seule justification qui vaille de cet art anachronique ? On me disait la même chose de José Tomas dans son meilleur moment et personne ne se risque plus à contester son talent immense. Andrés est donc sur la bonne voie…

Pierre Vidal