Madrid,  . Feria de San Isidro. Toros de Pedraza de Yeltes, bien présentés, bravitos, nobles mais manquant de fond, d’alegria et de transmission

 Octavio Chacón, silence, silence; un avis et silence à celui tué en substitution de Juan Leal

 Javier Cortés, silence , silence; 

Juan Leal, un avis et oreille ( blessure)

Entrée   trois quarts   

Salut de Marc Leal et Manuel de los Reyes au troisième.

Madrid, samedi, l’héroïsme de Juan Leal

La terrible blessure de Juan Leal fruit de son courage et de sa volonté inflexible de triompher aura été le fait marquant de cette soirée de la San Isidro. Juan, dans une après-midi grise par ailleurs, en se transcendant, enflamma les tendidos madrilènes qui baillaient jusque-là. Il montra d’emblée sa décision effectuant un quite brilllant au premier toro par chicuelinas de sa facture c’est-à-dire en s’enveloppant dans le leurre des pieds jusqu’à la tête. C’était sa manière à lui de dire : je suis ici ! Bientôt vous allez voir ce que vous allez voir.

On le vit en effet devant le second Pedraza qui ne s’était guère employé sous le peto. Bien bandérillé par Marco Leal et Manolo de los Reyes, il montra l’ampleur de sa décision : quand on veut être figura del toreo et que l’on a une seule cartouche à Madrid, il faut jouer le tout pour le tout. C’est ce que fit l’arlésien. Il alla au centre, brinda au public et débuta à genoux, au centre, dans une série qui donna le ton tout de suite : celui de l’émotion, de la prise de risque maximum. Série parfaite, templée, longue, le toro qui avait une pointe de noblesse la permettant. La faena fut terrible, le jeune homme montant sur l’animal, se croisant « una barbaridad » et désormais soutenu par les secteurs les plus intégristes de l’arène : c’est-à-dire ceux du tendido 7. Communion remarquable que ces olé profonds ! Soulignant les naturelles de Juan qui obligeaient le toro à plonger dans sa muleta autoritaire.

A plusieurs reprises cette exposition maximum, lui valurent des avertissements sans frais du Pedraza, mais rien ni personne ne pouvaient arrêter sa détermination, il était là au bout de son rêve : faire rugir Madrid d’admiration devant ce « valor seco »  ce courage qui est –qu’on le veuille ou non- la base, l’ultime justification de la tauromachie. C’est alors que, la faena allant à mas, Juan fut pris par le Pedraza à la sortie d’une belle série. Il vola, retomba et l’animal le reprit à terre lui infligeant alors une cornada terrible qui n’empêcha pas le jeune homme à revenir sans une hésitation, sans une grimace de douleur pour le tuer d’un estoconazo et recueillir le trophée, fruit de son héroïsme… Il ne fit pas de vuelta et partit à pied à l’infirmerie. Ultime démonstration de dignité.

Pour le reste, la corrida de Pedraza ne fut pas à la hauteur de sa réputation. Juste de force, elle poussa peu au cheval, se montrant noble parfois sans humilier le plus souvent et surtout, manquant de transmission. Octavio Chacon une fois encore se montra très professionnel, au-dessus de ses trois toros, puisqu’il dut combattre, comme chef de lidia, le second  de Juan Leal. Classique, solide, capable il fait les choses bien mais manque, lui aussi, de cette transmission qui était nécessaire hier pour gagner les cœurs. Il échoua à l’épée. Javier Cortes , déterminé comme toujours, n’eut pas son rendement habituel. Il ne mit pas le feu comme on l’a vu souvent le faire dans ces occasions, tua avec difficulté et perdit même les papiers face au cinquième.

L’héroïsme de Juan Leal c’est ce qu’il faut retenir de cette soirée qui fait honneur à la tauromachie française. FUERZA JUAN ! 

Pierre Vidal

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