Aire-sur-l’Adour. Dimanche. Moins de 1/2 arène.

Toros de Valdefresno, Vuelta au sixième. 

Fernando Robleño, ovation et saluts et oreille; 

Octavio Chacón, vuelta al ruedo et oreille; 

Daniel Luque; deux oreilles après avis et deux oreilles.

Daniel Luque et le mayoral de Valdefresno sont sortis en Triomphe

Gros succès artistique de la corrida des fêtes aturines qui a soulevé l’enthousiasme d’un public venu trop peu nombreux une année encore. Pourtant une fois encore les absents ont eu tort. La corrida de Valdefresno était légère dans l’ensemble et inégale de trapio mais armée sérieusement. Elle s’est plus exprimée au troisième tiers que sous la pique où elle a été discrète mis à part le sixième, le plus complet. Sous la muleta, la course a montré dans son ensemble une noblesse vibrante, sans fadeur, avec de la mobilité et de la transmission. Il y avait à faire…

Fernando Robleño qui n’est pas souvent à pareille fête, a tenu à montrer qu’il était autre chose qu’un belluaire et que sa capacité à se tirer d’embuscades risquées ne devait pas faire oublier que c’était avant tout un bon torero. On le vit dès son premier passage où il a toréé avec temple, dans un corte classique, peut-être austère, un excellent adversaire qui a manqué cependant un peu de force. Il y eut une pétition, mais minoritaire : il est toujours difficile d’ouvrir le bal. Fernando remit le couvert à son second passage face à un animal avec lequel visiblement il prit du plaisir. Une entière tombée légèrement et une récompense à laquelle il semblait tenir.

Un ton en dessous Octavio Chacon qui n’a pas eu la classe qu’il a d’habitude dans des batailles plus dures, il est vrai. Le Gaditano, n’a pas su saissir les opportunités de son premier adversaire. Plutôt que de se cantonner dans ce toreo classique où il excelle, il concéda trop au public, racourcissant les terrains pour un numéro « encimiste » qui n’était pas du meilleur goût. Sa seconde faena plut cependant et comme il tua d’un estoconazo, il coupa un trophée.

Grande soirée de Daniel Luque décidément en veine comme on avait pu le voir lundi dernier à Vic-Fézensac. C’est le torero du moment et c’est une chance car il va se multiplier dans le sud-ouest avec un contre six à Bayonne qui s’annonce comme le grand moment de la temporada. Daniel brilla à la cape, surtout au second avec des véroniques superbes mais aussi dans un quite par chicuelinas posées au cordeau. Il s’illustra dans l’ensemble du combat et enthousiasma le public à la muleta. Sans doute combine –t-il de manière unique la maîtrise de soi et la compréhension de l’animal mais aussi la recherche esthétique et la variété. Il faut ajouter à cela une sécurité à l’épée qui fait que rien ne lui échappe. Ainsi il s’est imposé en patron tout au long de l’après-midi faisant taire la musique pour conclure des travaux plutôt classiques jusque là, sur une note spectaculaire comme ces superbes et interminables redondos qui emportèrent l’adhésion d’un public debout pour l’ovationner. Daniel par son toreo maîtrisé et joyeux donne du bonheur aux gens, c’est tout de même précieux par les temps qui courent… Il doit contribuer lui aussi à ramener du public aux arènes.

On ne peut conclure sans rappeler le souvenir d’Ivan Fandiño tombé au combat dans ces arènes Maurice Lauche. L’harmonie aturine joua son paso-doble à l’issue du troisième toro dans un silence recueilli, témoignage de l’émotion collective et du souvenir que ce grand torero a laissé dans les cœurs de l’aficion du sud-ouest.

Pierre Vidal

Photos. Roland Costedoat