Pampelune vendredi, sixième de la Feria de San Fermín. Lleno.

Toros de Núñez del Cuvillo,  le numéro 100, Rosito, colorado, né en décembre 2014, vuelta al ruedo . 

Antonio Ferrera, silence et oreille; 

Miguel Ángel Perera,silence et oreille; 

Cayetano, deux oreilles et deux oreilles avec pétition de rabo.

Après Jesulin de Ubrique et Juan José Padilla Pampelune s’est trouvée une nouvelle idole avec Cayetano Ordoñez qui a rappelé hier aux professionnels qu’il fallait compter avec lui. Cayetano marche en Navarre sur les traces de son père Paquirri, de son grand-père Antonio Ordoñez et de son arrière-grand père Cayetano Ordóñez « El Niño de la Palma » qui fut le véritable héros de Hemingway dans le « Soleil se lève aussi », le livre qui fit la célébrité mondiale de la féria. Tous les quatre, il faut y inclure Cayetano depuis hier, tiennent une place particulière dans le cœur de l’aficion locale. On peut parler véritablement d’une dynastie unique dans les annales taurines.

Il est vrai que la corrida du Cuvillo qui n’a guère brillé par sa présentation et fut quasiment absente à la pique aura permis aux toreros den réussir. Une corrida noble avec de la transmission qui a humilié jusqu’au bout. Deux toros se sont illustrés les troisièmes et cinquièmes. La vuelta al ruedo du dernier est venue récompenser l’ensemble très spectaculaire, mais peu conforme à ce que l’on attend de Pampelune: la « féria del toro ». On promet par avance le prix aux Cuvillo ce serait un peu fort de café…

C’est aussi le sens de l’oreille qui échut à Antonio Ferrera mieux la veille. L’extremeño a justifié sa réputation de torero original, qui soigne les détails, un professionnel unique dans le circuit actuel. Il l’a montré lors de son second passage et, tuant bien cette fois, il coupa une oreille pour l’ensemble de son oeuvre. Personne ne mégotera la récompense.

Miguel Ángel Perera fut littéralement sensationnel à son second passage face à un toro qui a supporté son toreo puissant et dominateur. Il pèse beaucoup sur ses adversaires, il peut se montrer médiocre face à une opposition faible. Il fit là une démonstration de temple ahurissante captant le toro dans sa muleta dans de très longues séries sans jamais que son leurre ne soit touché. Il tua en deux fois et ne coupa donc qu’un seul trophée.

Grand succès de Cayetano qui partait gagnant avec le soutien de toute l’arène et celui, si important du soleil. Il doit son succès à son mélange de domination et aussi de concessions à ce public si particulier, des clins d’oeils en quelque sorte. Deux estoconazos époustouflants qui rappellent à ceux qui se donnent des facilités que cela ne s’appelle pas pour rien le moment de vérité. Son geste foudroyant et généreux a enthousiasmé un public sensible à cet ultime instant, à juste titre.

Pampelune c’est Pampelune les idoles qu’elle se choisit ne ressemblent pas aux nôtres, et même si ces préférences nous paraissent superficielles voir incongrues c’est ainsi et cela demeure la féria qui a le plus d’échos populaires. Ne l’oublions pas.

Pierre Vidal