Bayonne. Mercredi. Corrida goyesque. 1/2 arène.

Toros de Torrestrella (1º et 4º), Pedraza de Yeltes (2º et 5) et Puerto de SanLorenzo (3º et 6º).

Le 5º Mironcillo, numéro 6, de Pedraza de Yeltes, colorado, de 633 kilos, né en novembre2013, vuelta al ruedo.

Le sixième a été changé pour un sobrero de La Ventana del Puerto

Daniel Luque, único espada :

oreille, ovation et saluts, oreille, silence, deux oreilles et la queue et silence. 

Sobresalientes, Miguel Ángel Sanchez et Jeremy Banti.

Curro Robles et José Manuel Pérez Valcarce ont salué aux banderilles au premier, Raúl Carricol au troisième, Marco Leal au cinquième et Juan Contreras au sixième.

La plaza était décorée par le centre d’art Spacejunk.

Photos Roland Costedoat

Avant ce solo, le torero de Gerena avait toréé à Bayonne, en l’espace de dix ans depuis sa présentation comme matador en 2008, onze corridas, coupé vingt et une oreilles et était sorti sept fois « a hombros ». Il a encore affolé les compteurs en remportant quatre oreilles et surtout coupé une queue, ce qui ne s’était plus produit ici depuis qu’El Cid le fit à un Victorino, ce qui lui permit de lancer définitivement sa carrière. Pour Luque, c’est la consécration d’un parcours exceptionnel dans cette cité et ces arènes de Lachepaillet qualifiées par lui même de « talisman ».

Méritait-il la queue ? La question est souvent posée quand on récompense un torero avec les trophées maximum dans de grandes arènes. Le toro de Pedraza de Yeltes fut déconcertant à sa sortie, on crut percevoir un problème de vue, il ne suivait pas les leurres quand on le changeait de corne. Luque s’en aperçut vite et sans se démonter, bien au contraire, le toréa avec un total relâchement. Ce furent ses plus belles passes de cape. Au cheval, le comportement de « Mironcillo » fut spectaculaire au cours des trois piques magnifiques de Juan Francisco Peña qui mirent les arènes debout. Marco Leal se distingua aux banderilles, comme il l’avait fait précédemment en toréant à la cape le second. Au cours de la faena de muleta il y eut de belles passes, avec la signature de la maison, très suaves, manquant peut-être de profondeur. La faena atteignit son apogée alors que le toro chercha à se réfugier auprès des planches et Luque lui prodigua des luquesinas invraisemblables d’une douceur exquise. « Mironcillo » tarda à tomber après une épée très bien placée mais pas entière et le public attendit patiemment sa mort avant de demander pour lui un tour de piste et les oreilles et la queue pour Luque. Des trophées demandées avec passion et que personne ne contesta. Personnellement, je me souviens de faenas bien plus abouties de Luque, même dans ces arènes, plus profondes, au olé plus déchiré, mais comme l’on dit, le public est souverain et récompensa en ce jour un toro noble et avec de la classe mais manso sur sa fin. Le reste de la course fut compliqué, aucun toro ne permettant au Sévillan de se laisser aller. Cependant, sa maîtrise, sa technique sereine, lui permirent de s’imposer en toutes circonstances.

Un lot décevant de Torrestrella, au comportement violent, abrupt, le premier accusant probablement un excès de poids. Luque coupa à ce toro d’ouverture une oreille méritée et aurait pu le faire au suivant de Pedraza si le « mete y saca » n’était pas tombé un peu bas, ce dont il s’excusa. Un toro qui s’élança avec franchise au cheval mais fut moins constant à la muleta. Les deux toros de Puerto de San Lorenzo déçurent eux aussi mais Luque parvint à s’imposer à celui qui sortit en troisième de la course avec force de volonté, en attaquant l’animal pour qu’il charge et se livre. Oreille, une nouvelle fois méritée. Le sixième toro, de ce même fer, d’un très beau trapio, se fractura la patte avant droite et au cheval une partie de l’une de ses cornes se cassa. Il fut remplacé par un toro moins beau et qui fut impossible à toréer, d’un danger sournois. Luque l’acheva d’une très bonne estocade, six sur six, à l’exception du mete y saca.

En tout cas, à la sortie, les aficionados étaient heureux et partageaient la joie d’avoir vécu un moment historique qui consacre Luque définitivement dans le Sud Ouest de la France.

Antonio Arévalo

Ce fut grand, superbe, magnifique, exceptionnel. Les superlatifs manquent pour décrire cette extraordinaire tarde de toros. Après avoir dominé et toréé avec une technique et un sens artistique exceptionnel un Torrestrella et un Puerto de San Lorenzo mansos et un premier Pedraza compliqué, Luquae a tutoyé les étoiles face à son second Pedraza. Très fort et encasté, le toro prend trois piques spectaculaires, renversant à deux reprises le groupe équestre. A la muleta début de faena très dominateur et élégant au son de l’adagio du concerto d’Aranjuez, puis le toro part dans les planches . Luque le toréé dans ce terrain avec classe, profondeur et inspiration. L’excellent public bayonnais se lève à plusieurs reprises . Trophées maximum pour le torero, vuelta pour le toro et ambiance des grands soirs de tauromachie sur le gradins. C’est beau et émouvant et vous redonne l’envie de revenir aux arènes pour 20 ans.

RT