-Comment vois-tu évoluer le conflit avec les anti-taurins ?

-Je ne crois pas que la situation de la corrida face aux antis soit pire qu’il y a cinq ans. Aujourd’hui la corrida est en seconde ligne. Les plus attaqués se sont les malheureux éleveurs : les malheureux bouchers, les malheureux fromagers… C’est la viande qui est contestée avec la mode vegan… Tout ce qui a trait aux filières de production animale, viande mais aussi lait, etc. La mode vegan c’est l’aspect pratique d’une philosophie qui est l’antispecisme qui postule que nous sommes tous des êtres sensibles et qui prône l’égalité de tous les être sensibles. Elle ne veut pas faire de sort particulier aux êtres humains.

-Comment un point de vue comme celui-là est-il possible aujourd’hui où il y a tant d’injustices dans le monde ?

– J’ai écrit un livre en 2010 « Notre humanité d’Aristote aux neurosciences ». Je ne veux pas jouer les prophètes mais dans la conclusion de ce livre, bien avant la mode végan,  j’avais annoncé que se développeraient deux mouvements qui sont le post-humanisme et l’animalisme.  Huit ans plus tard je leur ai consacré un ouvrage « Trois utopies du monde contemporain ». L’animalisme n’existait pas il y a dix ans.

-Pourquoi cette montée si rapide de cette idéologie ?

-Pour trois types de raisons que je résumerai grossièrement. Commençons par les raisons politiques… Après l’écroulement des horizons révolutionnaires, des grandes idéologies et des visions du monde qui vont avec, le besoin de justice et de s’identifier à des victimes, crée chez les jeunes générations l’idée que les animaux représentent les dernières victimes ; les plus victimes des victimes.

Il n’y a plus de peuples ni de prolétariat à libérer désormais…

-… Il n’y a plus de femmes à libérer non plus car leur libération est en route. Les « utopies réalisées » comme je les désigne dans mon livre celles des « races » comme celles des             « peuples » ont échoué. La soif de justice, l’identification aux victimes passent désormais par les animaux. Il faut d’ailleurs expliquer ce mouvement de façon positive, ne pas le dénigrer.

-Ainsi les animaux auraient des droits spécifiques, au même titre que les humains… ?

-Nous sommes dans une société de plus en plus individualiste. Une société dans laquelle domine l’idée que nous avons tous des droits. Nous ne sommes plus au temps des aspirations collectives : la classe, le peuple. Tu vois bien les « gilets jaunes » : il s’agit d’un mouvement totalement individualiste. Il n’y a pas de conscience de classe. Rien. Chacun dit : « j’ai des droits ! ».

Francis Wolff in « Francis Wolff Moments de Vérité » Par Pierre Vidal (Editions Gascogne)