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Le désengagement de la maison Ricard du secteur taurin n’est un scoop que pour les médias généralistes qui sont tantôt de notre bord, quand il y a de la pub à ramasser, tantôt de l’autre car il faut plaire aux annonceurs puissants. En fait, tout le monde connaissait la nouvelle depuis plusieurs semaines dans le milieu taurin. Ca n’est pas une victoire des animalistes et certainement pas des animalistes français, comme ils le disent avec cet opportunisme qui les caractérise. Ce n’est pas non plus la fin du monde, même si, pour bien des raisons, notamment historiques, nous regrettons ce départ.

Raisons historiques car on ne peut pas oublier la personnalité du fondateur de la marque, l’inventeur génial que fut Paul Ricard, homme d’affaire atypique, personnage éclairé et manager généreux. Paul Ricard dévoré lui aussi par la passion des toros, celle de la bouvine en premier lieu. Ce lien entre le monde des toros et le nom de Ricard a été renforcé avec l’arrivée dans la famille du grand matador de toros César Giron, idole du Vénézuela.  César Girón, fut l’époux de Danièle Ricard, sœur de Michèle. César disparut prématurément dans un accident de voiture entre Caracas et Maracay, en 1971. Son épouse vécut à Séville, elle eut dans le cadre de son mariage trois enfants  Myrna, Patricia et César, qui fut « Chairman and Managing Director de Pernod SA ». C’est donc un lien fort qui unit la famille Ricard au monde des toros. Cette histoire, personne ne nous l’enlèvera mais nous sommes peinés par cet éloignement.

Le temps n’est plus où Paul Ricard fabriquait son breuvage dans sa cuisine et où il vendait lui-même ses bouteilles. Le groupe qui porte son nom est désormais le second du monde dans le domaine des vins et spiritueux avec un chiffre d’affaire de 8,987 milliards d’euros (décembre 2018) et une implantation mondiale. A cette échelle on ne fait pas de sentiments et les secrets sont bien gardés. Ne cherchons pas la raison véritable de ce choix d’entreprise car nous ne la trouverons jamais. Personne ainsi ne peut se targuer d’une victoire ou déplorer une défaite.

Il semblerait que le domaine de Méjanes, -joyau de la couronne, en quelque sorte-, magnifique réserve bio sphérique, inscrite au cœur de la Camargue, avec son arène et son lieu accueillant les clubs taurins, devrait se perpétuer : une solution se dessinerait dans le sens de sa conservation. C’était un point essentiel: le lieu emblématique sera sans doute maintenu en l’état. Attendons de voir ce qu’il en sera dans la durée, néanmoins.

Le manque à gagner financier pour les taurins est réel, en même temps, les clubs le savent bien, il ne menacera pas leur existence comme le proclame un peu vite nos ennemis. Si la somme globale injectée était considérable, elle était répartie entre plusieurs centaines de clubs et ne pesait donc que peu dans la plupart des budgets.

Regrettons plutôt l’Union très originale que la marque Ricard avait su générer : l’UCTPR, l’Union des Clubs Taurins Paul Ricard. Il y avait une réelle entente sous son aile entre les clubs de toute la France qu’ils appartiennent à la Course Libre, à la Course Landaise ou à la Tauromachie espagnole. Sous cette houlette s’était développée une fraternité, une sorte de famille qui se retrouvait régulièrement. C’est cette structure amicale qui va nous manquer. Ce lieu de rencontre, ce regroupement, géré avec habileté, constituait une force pesant dans le débat. Il avait « voix au chapitre ».

Il faut qu’une fois de plus le monde taurin fasse preuve de créativité. Déjà des structures existent. N’y a-t’il pas, par exemple, l’Union des Clubs Taurins du Gers, au passé récent, qui fonctionne efficacement ? Ou encore l’Association des Organisateurs de Corrida et de Novilladas du Sud-Ouest, l’ACONSSO, qui peut se prévaloir d’un bilan positif ? Rien ne sert de se lamenter ou de chercher dans le passé une époque bénie. Le passé c’est le passé… Il faut que le sens des réalités l’emporte sur le déni mortel et, par conséquent, il est impératif de mettre sous le boisseau les querelles subalternes.

Si la réponse à cet abandon c’est plus d’unité entre nous, alors nous y aurons gagné.  

Pierre Vidal