Jesus Romero, héros du jour (Photo R. Costedoat)

Le concert de louanges concernant la novillada arzaquoise est légitime. Ce fut une journée réussie du point de vue artistique et populaire puisque les arènes du Soubestre ont fait une de leurs meilleures entrées de son histoire: autour de 700 personnes. La journée est bien structurée avec une matinée intéressante en présence de Dorian Canton, un succulent repas et une tarde qui finit à mas. Tout le monde est sorti satisfait, c’est essentiel.

Manque au programme cependant la ‘tertulia », la fameuse discussion qui suivait le spectacle et qui a disparu un peu partout désormais. Nous ne sommes pas adepte de conjuguer la tauromachie au passé, mais ne faudrait-il pas ressusciter ce moment privilégié fait de discussions passionnées à défaut d’être toujours opportunes ?

Ainsi, à Arzacq, on aurait pu, lors de la tertulia hypothétique, rappeler cette loi simple de l’univers qui concerne une activité particulièrement fragile: après le beau temps vient la pluie. Il faut donc rester prudent et voir l’avenir avec humilité. Même si la vocation taurine de ces arènes -à laquelle nous avons cru depuis le premier jour de sa reconstruction- cruciales, car proche de la seconde ville d’Aquitaine, est confortée, l’avenir reste fragile. Les responsables du club d’Arzacq, si actifs et unis, ont besoin de tout le monde pour faire face à l’avenir.

Nous reviendrons dans cette tertulia imaginaire sur la prestation de Sergio Rodriguez, notamment face à son second toro -le quatrième, troisième de Camino de Santiago-, noble mais sans transmission; on pourrait dire -dans la tertulia toujours- docile. Cette prestation a provoqué des réactions opposées: les louanges d’une minorité d’aficionados expérimentés louant l’habilité du jeune homme qui sut tirer le maximum de son opposant et l’indifférence de la majorité du public qui resta de marbre, sans valoriser les efforts du jeune homme. Ce public soutiendra par la suite les prestations de Jesus Romero et de Juanito avec enthousiasme. Ces derniers avaient pour partenaires, il faut le rappeler, deux excellents Casanueva vibrants de caste.

Ce hiatus dans l’appréciation de la prestation de Sergio Rodriguez devrait interpeller les uns et des autres. C’est au fond un cas d’école. Ce qui plaît aux uns, souvent aux décideurs, ne séduit pas toujours le grand public. Celui-là cherche avant tout l’émotion, qui, comme le dit Francis Wolff, est à la base du spectacle. Le public est l’élément indispensable celui que nous devons reconquérir pour conforter l’avenir. Son avis, son goût doivent-ils primer ?

Très justement, à Arzacq, c’est au héros des tendidos, Jésus Romero (deux oreilles), qu’est allé le trophée du Bayonne de Cristal. L’ aspiration populaire a été comblée. Faut-il le regretter?

Voilà pour la tertulia qui a animé mes rêves du dimanche soir.

Pierre Vidal