Après plusieurs jours de silence je reprends la plume pour vous le dire à mon tour: Rester chez vous ! Queda te en casa! Ce n’est pas de la blague. Nous sommes tous en danger de mort et surtout potentiellement capables de passer la maladie, de tuer sans le vouloir les proches que nous aimons.

Je pense à nos amis, nos frères Espagnols qui sont en pleine tourmente. Le nombre d’infectés, de malades et de morts ne cesse d’augmenter de manière vertigineuse dans la Péninsule et sans doute c’est ce qui attend la France. La réaction de nos voisins a été digne, disciplinée, calme, responsable. Ils nous ont donné une leçon collective à nous Français qui nous nous sommes distingués par notre égoïsme et notre irresponsabilité. Même si les atermoiements de nos chefs ont une part de responsabilité dans ce comportement lamentable nous sommes désormais mal placés pour donner des leçons aux autres pays. Ce mardi matin encore, nous avons, en France, une attitude déplorable de fuite, stockage inconsidéré, de je m’en foutisme global. Bravo l’Espagne solidaire et fraternelle. Vous êtes un grand pays ! Que les antis qui vous méprisent, qui vous décrivent comme un peuple d’arriérés en prennent de la graine.

Nous l’avons vu, Arles, Séville, Castellon, Valence sont reportées et bien d’autres corridas, novilladas ou festivals plus ou moins repérés en France comme en Espagne. Désormais au Mexique annulation ou report se succèdent. Dans quelles conditions se feront les reports ? On ne peut le prévoir. Madrid, « capitale du monde » sera-t-elle touchée ? Elle l’est déjà en ce début de temporada. La San Isidro pourra-t-elle se tenir ? Quid de Nîmes et de Vic ? Ne tirons pas de plans sur la comète. Mais il y a des raisons de s’inquiéter. La féria de Cordoue serait, elle aussi, en passe d’annulation. Pourra-t-on seulement se retrouver aux San Fermin et les férias du nord auront-elles lieu cet été ? Pas d’excès de pessimisme mais la question se pose.

Le secteur taurin va donc durement souffrir et les éleveurs d’abord. Certains nous l’on dit avec émotion. Leurs corridas vont leur rester sur les bras. Ils devront, les envoyer à l’abattoir au prix dérisoire de la viande. C’est d’abord un crève-cœur: tout ça pour ça. Quatre ans de soins pour une issue banale, vulgaire, décevante. Ensuite leur trésorerie en sera durement affectée.

D’ autre part, beaucoup s’appuient sur une activité annexe: touristique et les repas, visites sont annulées ou reportées. Il n’est pas sûr, que les plus fragiles puissent s’en relever. Au stress de la maladie, qui les menace comme tous les citoyens, s’ajoute pour les ganderos, les mayorals, les vaqueros celui de voir des années d’efforts, de sélections, de constitution d’un patrimoine génétique, disparaître avec leurs emploi, leur gagne-pains.

Il faut aussi avoir une pensée pour tous les membres de la corporation des plus humbles mozos de espadas aux figuras, en passant par les banderilleros ou picadors. Les plus modestes seront les plus fortement impactés même si les premiers rôles ont engagé des dépenses qu’il faudra bien honorer. Il y a, dans ce milieu, et là je pense surtout aux empresas durement touchées elles aussi, une tendance à engager des frais avant même les rentrées d’argent. Une sorte de pari continu sur l’avenir avant même que l’on n’en connaisse le résultat. Ces pratiques pourraient être fatales à certains.

Il faut, je crois, malgré tout garder le moral. Pour une raison simple : le milieu taurin qui ne peut compter que sur lui-même depuis toujours, est accoutumé aux épreuves. Il subit depuis des décennies les persécutions des antis, des médias, des pouvoirs administratifs et politiques. Il s’en est toujours relevé. Il est dur au mal et il possède une énergie que l’on ne trouve pas ailleurs. Même si la situation est terrible gardons confiance, gardons l’espoir d’un renouveau.

Pierre Vidal