Pépites de la bibliothèque :

94 romans d’Exbrayat parus au Masque, la plupart tiré à plus de 500 000 exemplaires, un écrivain qui fut au XXème siècle un des plus populaires et qui est trop déprécié aujourd’hui. Parmi ses livres une vraie pépite retrouvée alors que je rangeais ma bibliothèque: « Chant funèbre pour un gitan ». L’auteur était aussi un remarquable aficionado.

Cet extrait émouvant :

« Ramon n’a vécu que pour les toros. Maintenant qu’il est vieux, malade, il végète dans ses souvenirs, se privant d’une pauvre nourriture quotidienne pour économiser l’argent de sa place pour la Maestranza lorsque commence la saison des courses. Il n’entre pas gratuitement aux arènes parce que ceux d’ aujourd’hui ne se souviennent pas de lui. Personne, d’ailleurs, ne se rappelle de Ramon qui n’a jamais été qu’un torero de second plan, se faisant encorner dans des plazas où les vedettes ne vont jamais. Mais, Ramon possède une excellente mémoire. Il a connu tous les toreros de sa génération et même celle qui la précéda. Il n’aime pas parler de José Gomez Gallito tué à Talavera de la Reina ni de son rival Juan Belmonte, pas plus qu’il ne m’entretient de Manuel Rodriquez (Manolete)  en compagnie duquel il a travaillé et auprès duquel il se trouvait à Linares, le jour où un toro le tua. Ramon ne se sent pas porté à évoquer ces grandes figures de la tauromachie. J’ai l’impression que le mort n’a pas effacé ces complexes de frustration dont souffre  mon vieil ami.  Il en veut à ses gloires d’hier d’avoir été ce qu’il aurait voulu être. Il ne leur pardonne pas une réussite dont il se croyait digne, lui aussi. Il préfère me parler de ceux qui n’ont pas eu de chance, ses frères. 

Ramon a sorti de sa poche un portefeuille crasseux, bourré de papiers, pour la plupart des coupures de journaux où son nom était cité. Le torero ne quittait pas son pauvre domicile sans emporter ce trésor qui lui servait de tremplin pour rêver au sort qui aurait pu être le sien, si… la mala suerte, Señor»  

Si vous connaissez un texte original sur la tauromachie. Un auteur inattendu. Un extrait méconnu. N’hésitez pas à nous le faire savoir. Nous le publierons pour égayer ces temps difficiles. Envoyez vos textes ici: pierrevidal.ratabou@orange.fr