Mario Vargas LLosa aux arènes de TORO (ZAMORA), 13/10/12. – EFE/Mariam A. Montesinos

C’était il y a quelques jours l’anniversaire d’un grand écrivain, engagé dans la défense de la tauromachie : Mario Vargas Llosa.  Né le 28 mars 1936 à Arequipa, dans le centre du Pérou, naturalisé espagnol, auteur de romans et d’essais politiques, lauréat du prix Nobel de littérature 2010 « pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l’individu, de sa révolte et de son échec». Il a beaucoup écrit, des livres puissants, lyriques attachés à la réalité concrète sans emprunter la voie du réalisme magique de ses amis d’Amérique latine comme le cubain Alejo Carpentier ou le colombien Gabriel Garcia Marquez, un autre aficionado. Il a emprunté un chemin littéraire singulier. Citons quelques-uns de ses ouvrages à recommander en ces temps propices à la lecture : « La Ville et les Chiens » (son premier livre), « La Maison verte », « Qui a tué Palomino Molero ? », « La Fête au bouc », (le meilleur, de mon point de vue, qui raconte d’une manière clinique les derniers jours de Trujillo, impitoyable dictateur de l’île de Saint Domingue). Mario Vargas Llosa n’a jamais caché sa passion pour la tauromachie. Je l’ai vu, du callejón des arènes d’Acho à Lima,assis en barrera et ce jour-là, Enrique Ponce lui avait brindé son toro… ce que fit aussi le Valenciano pour son retour à Las Ventas, le 15 mai 2014, dans un brindis magnifique: « Pour vous, pour votre défense de la fiesta et pour Patricia, parce que derrière chaque génie se cache une femme exceptionnelle » (ABC).

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Brindis d’Enrique Ponce à Mario Vargas Llosa Prix Nobel de Littérature Victoriano del Rio Madrid 15/05/2014 Photo : © Ferdinand De Marchi

Dans « La cape de Belmonte », l’auteur nous conte un souvenir familial qui débute ainsi :

« La cape de Belmonte, objet mythique de mon enfance, est probablement à l’origine de ma passion pour la corrida. Elle appartenait à mon oncle Juan Erguen, le mari de la tante Lala, la sœur de ma mère (…) cette belle cape, jaune et or, rehaussée de pierreries, et témoin de faenas miraculeuses dans les arènes d’Espagne et d’Amérique, avait été offerte par le grand Juan Belmonte à son père Juan Erguen qui, venu de sa lointaine terre basque, débarqua à Arequipa ».

L’histoire raconte les avatars de cet objet merveilleux et se termine ainsi :

Qu’est devenue la chère cape de Belmonte qui fait remonter tant de beaux souvenirs de mon enfance ? Lorsque déjà adulte, je commençais à me demander si cette cape avait vraiment appartenu à Belmonte le Tragique –comme l’appelle Abraham Valdelomar dans le délicieux petit livre qu’il a écrit sur lui-, si le grand-père de mes cousines Nancy et Gladys avait été réellement un ami proche du torero, ou si toutes ces histoires que nous racontait l’oncle Juan pour nous apprivoiser quand nous étions enfants étaient de pures fables que la famille authentifiait. A-t-elle été dérobée ? Perdue au cours d’un des nombreux déménagements dont l’histoire familiale est remplie ? Peut-être fut-elle vendue à l’occasion d’une des crises économiques qui frappèrent durement, sur la fin de leur vie, l’oncle Juan et la tante Lala. Je n’ai jamais su. Mais au fond, ça n’a pas la moindre importance.  Cette cape de Belmonte continue d’exister, là où personne ne peut l’abîmer, ni la perdre, ni se l’approprier : dans la mémoire d’un ancien qui la garde, en prend soin et la vénère comme un des souvenirs les plus tendres et les plus émouvants de son enfance, cet âge qu’en toute justice on appelle l’âge d’or ».  

« La cape de Belmonte » a été publiée dans le numéro 5 de la revue « Faenas » aux éditions Verdier, en 2004, sous la direction de Jean-Michel Mariou.