Encore une très sérieuse enquête de France Bleue Gascogne, Pays Basque et Béarn. Elle fait bien le point sur la très difficile situation de la tauromachie. On le voit dans cette enquête, pour nos matadors ça n’est pas la joie, même s’ils font face et gardent le moral. Il faudrait ajouter à cela, la situation de nos éleveurs qui devient de plus en plus critique. Bravo France Bleue pour ce beau travail journalistique. L’utilité du service public n’est plus à démontrer.

Pierre Vidal

Dimanche 5 avril 2020 à 18:45 – Par Valérie MosnierPierre-Albert BlainFrance Bleu GascogneFrance Bleu Pays BasqueFrance Bleu BéarnDépartement Landes, France

« Les matadors de toros confinés, la tauromachie interrompue et sans doute pour toute la saison, ils sont plusieurs toreros français à vivre bien différemment la période d’inactivité actuelle. En attendant sans trop y croire une reprise d’activité qui leur semble bien lointaine.

Thomas Dufau, le matador landais, publie cette photo sur sa page Facebook : "Après quelques jours enfermés.."
Thomas Dufau, le matador landais, publie cette photo sur sa page Facebook : « Après quelques jours enfermés.. » – Thomas Dufau

Les matadors de toros confinés, la tauromachie interrompue et sans doute pour toute la saison, ils sont plusieurs toreros français à vivre bien différemment la période d’inactivité actuelle. En attendant sans trop y croire une reprise d’activité qui leur semble bien lointaine.

Dufau, au jardin

Thomas Dufau s’estime chanceux. Le Gascon est chez lui sous les pins du Bas-Armagnac avec sa compagne. Le torero s’est mué en jardinier, Dufau torée ses plans de tomates et ses salades. Il estoque les limaces et affronte les pucerons. « Je suis devenu Charles Ingalls », dit-il, « la petite maison dans la prairie des Landes ».

Loin des arènes, il n’a pas vraiment le goût à la chose taurine : « Je vois les images tous les jours, c’est abominable ». Thomas Dufau savoure cette chance de calme et de silence loin des turpitudes vécues par beaucoup. Il plaint, dit-il, ceux qui n’ont pas la chance comme lui de se retrouver dans un havre, loin de la fureur et de la peur. Il s’entraîne tous les matins, court un peu, respire la forêt et coupe du bois. « Ça lave la tête », soupire-t-il.

Loin de Pouillon mais à l’abri

Clément Dubec, lui, est à Nîmes. Le Pouillonais « Clemente », son nom de torero, est allé se réfugier chez sa fiancée provençale. Il s’entraîne dans le garage, fait la cuisine et s’est re-découvert une passion pour la lecture. Les livres pour ne pas être totalement dans l’addiction de l’information. Clément Dubec, qui ne regrette pas avoir quitté l’Espagne, estime, avec regret pour lui et pour tous les gens de toros, que la saison est fichue : « Il y a des choses bien plus essentielles ».

Adrien Salenc aussi est à Nîmes, chez ses parents. Il a eu la chance d’attraper un des deniers vols depuis Madrid où il réside : « La peur de ma vie, j’ai cru être bloqué et ne pas pouvoir rentrer. Je ne m’imaginais pas attendre la suite des événements loin des miens, seul dans ma petite maison du centre de Madrid ». La demeure paternelle est en dehors de la cité d’Auguste, en bord de garrigue. Il se lève le plus tard possible et va courir. Pour se vider la tête plus que pour s’entretenir vraiment. Adrien Salenc dit être en contact permanent avec sa cuadrilla, ses amis, ses proches de l’autre côté des Pyrénées. Il est inquiet. De plus en plus. Car il ne voit pas d’issue proche pour l’Espagne, qui, insiste-t -il, « ne dispose pas du système de soins que l’on connait en France. C’est la pagaille, en Espagne tout dépend des gouvernorats provinciaux, il n’y a pas d’unité dans la prise de décision ». 

Le Béarn loin des arènes, à l’air pur

Dorian Canton est en ses terres de haut Béarn, avec sa famille, à Asson, bourgade paysanne du piémont pyrénéen, dans un environnement plutôt favorable. Le néo-matador, sacré à Villeneuve-de-Marsan en août dernier, avait quelques contrats cette saison pour sa première véritable temporada professionnelle. Au cœur de son clan il bénéficie de l’avantage important en cette période d’être lui aussi au sein d’une sorte de cocon protecteur. 

Quant à Juan Leal, il est à Séville, dans la maison de son mentor, le Dacquois Maurice Berho, et soutient l’initiative de fabrication de masques de protection. Une situation que le jeune arlésien exilé prend avec distance et fatalité, il devait faire une saison tonitruante inscrit qu’il était dans toutes les grandes ferias, Valence, Madrid, Pamplona, Vic, Dax. Une année peut être pour rien si la pandémie perdure.

El Adoureño coincé en Espagne

Il a fait ses études secondaires à Mont-de-Marsan avant de devenir matador de toro, sacré à Dax en septembre 2018. Avant cela et pour construire sa carrière il a quitté le Gers pour l’Espagne et c’est là qu’il est coincé, à Ségovie, dans la maison de son fondé de pouvoir. Il est très inquiet et vit la situation difficilement. 

À tout juste vingt-trois ans, Yannis Djeniba est redevenu avec la crise un jeune homme comme les autres. Bouleversé, doutant de l’avenir. Loin des arènes et de son alternative dacquoise, de son désir d’avenir, de ses envies de toros. El Adoureño n’a pas pu fuir un pays qu’il a vu se transformer, explique-t-il la gorge serrée, en quelques jours à peine. Il n’a pas pu rentrer à Nogaro. 

La Castille a sombré en vingt-quatre heures

En lieu du calme gersois, il est confiné dans la maison de son apoderado au centre-ville de la cité médiévale de Ségovie, au nord de Madrid. Il tue le temps à visionner des films taurins, il a peu d’espace, court sur son tapis roulant et attend l’issue de la terrible histoire que vit l’Espagne. Car Yannis Djeniba s’est retrouvé au cœur de la pandémie. « La Castille a sombré en vingt-quatre heures », explique-t-il « on n’a rien vu venir. On se sentait loin, à Ségovie on croyait être épargnés. Ici, le climat est lourd, le silence n’est rompu que par les sirènes des ambulances, c’est étouffant, terrifiant »

Il avait dix contrats déjà pour la saison dont Aignan à Pâques, puis Eauze et Orthez. Mais les rêves de succès sont loin. « L’inquiétude est générale, on évacue des gens vers Madrid et Valladolid, l’hôpital de Ségovie ne plus accueillir de malades. C’est l’angoisse permanente ».

Valérie Mosnier

Valérie MosnierFrance Bleu Gascogne

Pierre-Albert Blain

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