Cartel de la corrida de la Cultura, Las Ventas 2017. PLAZA1

A ceux qui s’étonnent de me voir entrer sur le terrain de la politique dans un pays qui n’est pas le mien, je veux répondre trois choses :

1/ Je ne fais le reproche à personne de ses engagements ou sensibilités politiques. Soutenir le gouvernement de Pedro Sanchez et pourquoi pas, son allié d’extrême gauche, Pablo Iglésisas, est tout à fait légitime. Comme il est tout à fait légitime de ne pas aimer la tauromachie, voire de la combattre si cette action s’inscrit dans le cadre des règles -des lois- d’un état démocratique.  S’il est légitime de la combattre, il est aussi naturellement dans l’ordre des choses de la défendre.

2/ Il est légitime d’attendre d’un gouvernement de gauche, qui prône l’égalité et la justice par définition, qu’il applique des règles équitables envers tous ses citoyens. Il est donc particulièrement insupportable que ce gouvernement, de manière délibérée, discrimine certains, victimes d’iniquités alors inacceptables. Pablo Iglesisas n’aime pas la corrida soit, est-ce une raison pour priver ses acteurs les plus modestes des aides qui sont attribués aux autres ? Et surtout de ne pas leur reconnaître la qualité d’artistes (car que seraient-ils alors?). Son gouvernement contribue ainsi à leur marginalisation, à leur appauvrissement, et engage délibérément un processus -ne nous le cachons pas- de disparition de cette pratique. Ce fut le cas du cirque, en voie d’extinction en France; les « petits » cirques ayant été les premiers a être rayés de la carte.

3/ Que n’aurait-on pas entendu s’il s’était agi de la droite qui avait engagé ce type d’agression ? On peut dire avec Antonio Lorca du « Pais » -que l’on ne peut pas taxer de bienveillance à l’égard du milieu taurin-, que ce gouvernement « le moins taurin des années de démocratie » a, sur ce terrain, une attitude immorale. Cette iniquité jette un doute sur la justesse de sa pratique globale, sur sa ligne de plus en plus contestée par ailleurs. Que les toreros les plus célèbres comme les plus modestes fassent taire leurs divisons pour agir ensemble il faut s’en réjouir. C’est une réaction naturelle. Même si on peut douter de l’opportunité des modes d’actions proposées (comme l’a fait Victorino Martin hier), nul ne peut accepter de disparaître sans lutter, à sa manière, pour sa survie. Il s’agit, de plus, de lutter pour le futur d’une pratique culturelle inscrite au patrimoine mondial de l’humanité. Un combat contre l’injustice et en faveur de l’intérêt général : comment ne pas y souscrire ?

Pierre Vidal