« Mercaderes… »

Pas de chupinazo, ce 7 juillet pour le traditionnel début des fêtes de Pampelune, pas d’encierro, pas de sorteo, pas de défilé de la « Pamplonesa », pas de corrida ni de « Chica yéyé » reprise en cœur par les peñas, pas d’encierillo, pas de soirée à la Iruña, ni de nuits hasardeuses selon les circonstances, ni de « Dianas » et de churros les matins épuisés. Pas de San Fermin ! La Covid19 rode, elle est repartie à la hausse chez les voisins catalans et galliciens à nouveau confinés –ce qui devrait servir de leçons aux insouciants Français- pas de San Firmin donc. Nous pleurerons, comme chaque année, lors du « pobre de mi », le 14 juillet à minuit, alors que la fête n’aura pas eu lieu.

Les fêtes de Pampelune sont tournées d’abord vers le toro qui scande chaque séquence de cet immense délire -bien réglé-, les fêtes plus importantes du monde après le carnaval de Rio. Bien sûr on peut les voir comme une immense beuverie car, c’est vrai, on y suce pas que de la glace. Et les puritains qui se joignent aux animalistes -c’est au fond la même espèce-, ne manquent pas de la vitupérer. Pourtant ce matin, on lit dans la presse espagnole et notamment dans celle qui est peu favorable à la tauromachie celle qui ne manque pas de dénoncer les excès condamnables bien entendus mais isolés -car on compte 2700 agents de sécurité-, des mots de regrets pour ce rendez-vous célébré par Hemingway. 

Ainsi sous la plume d’Antonio Lorca d’El Pais ce soupir : « Pampelune ne respire plus les toros mais la tristesse ». Il faut rappelerque la « Casa de la Misericordia » à qui appartient l’arène et qui organise tout ce qui a trait aux toros est une institution de bienfaisance qui aide la population en logeant à peu de frais les personnes âgées les plus démunies. Ses responsables cherchent désormais d’autres voies pour financer ses activités qui concernent cinq cents anciens. Où trouver l’argent ? Les toros deviennent alors fréquentables pour beaucoup de ceux qui, dans d’autres circonstances, se pincent le nez en en parlant.

Il en est de même des hôteliers et des restaurateurs et de leurs employés qui recevaient au prix forts des dizaines de milliers de touristes venus du monde entier. Ils ne regardaient pas à la dépense et faisait le bonheur des locaux. C’est triste cette calle Estafetta qui ne résonne plus au galop des toros ni à la rumeur, faite de stupéfaction et parfois d’horreur, qui ne s’élèvera plus au petit matin lors de la course éperdue devant les cornes, triste aussi de ne plus revoir ces visages connus, ces longues barbes blanches et ces chemises tâchées de vin imitant l’inoubliable Nobel yankee.

A quatre reprises déjà, rappelons-le quand même, il n’y eut pas de San Firmin : en 1937 et en 1938 en raison de la guerre civile puis en 1978 où la garde civile, pour des raisons politiques, fit un mort parmi les peñas anti-franquistes et en 1997 après la mort de Carrero Blanco. Chaque fois la fête s’en est remise. Elle a repris l’année suivante avec le même rituel et la même vitalité. Gardons le moral, donc.

Viva San Fermin !

Pierre Vidal