Francisco Rivera Ordóñez, l’organisateur, l’a confirmé ce vendredi soir au site www.mundotoro.com : la 64 ème édition de la corrida Goyesca de Ronda aura bien lieu à la fin du mois d’août ou au début de septembre, avec le cartel suivant: Morante de la Puebla, Andrés Roca Rey et Pablo Aguado. Les toros seront de la ganadería de Núñez del Cuvillo.

Il s’agit d’une nouvelle réconfortante car la goyesque de Ronda est un des moments emblématiques de la temporada. Créée par la famille Ordoñez on ne compte pas les célébrités qui s’y sont croisées: Orson Welles et Ernest Hemingway pour ne citer qu’eux. On peut parler cette année de cartel cumbre dans ce coso historique ; le plus ancien du monde dit-on -ce qui est contesté par ailleurs. Ronda est en tout cas une merveille de beauté et d’harmonie; certainement une des plus belles villes d’Europe. Rainer Maria Rilke, le Rimbaud allemand, y écrivit sa plus belle oeuvre : « lettres à un jeune poète ». Il définit Ronda comme « la ville rêvée ». Comme vous le savez : « le poète a toujours raison ».

Comme vous le savez tous: c’est en Espagne que se joue l’avenir de la Tauromachie. Non seulement elle y subit les avanies de la pandémie, particulièrement sévère dans la Péninsule où elle ne cesse de progresser, mais dans le même temps, elle est confrontée à un gouvernement qui veut sa peau, essentiellement pour des raisons politiques; idéologiques devrait-on dire. A cela il faut ajouter la montée fulgurante de l’animalisme -comme en France d’ailleurs- qui fait son miel du désarroi causé dans les esprits par la Covid19.

Il y a donc un double mouvement dramatique chez nos voisins: une enfoncée rapide dans le gouffre de la crise sanitaire -loin d’être terminée- et une situation économique très grave, prélude à une terrible crise sociale : – 18,5 % du Pib au trimestre prochain. Or on sait que l’économie espagnole repose sur le tourisme pour une bonne part.

Dans une situation comme celle-là, le gouvernement espagnol ne peut pas se faire d’illusions sur les promesses de Bruxelles. Dans quelles mesures les les milliards annoncés reviendront-ils et quand ? On sait depuis la crise grecque que Bruxelles est dominée par les « frugalistes » qui feront payer cher leurs aumônes, si jamais aumône il y a vraimement.

Il y a donc besoin de tout le monde et il n’est plus temps de prendre des pauses sectaires. La tauromachie, comme le flamenco, sont des marques de fabrique de l’mage ibère, une sorte de copyrigth. Le pays attire de nombreux touristes pour le dépaysement qu’il promet et le noyau dur, les plus déterminés de ces visiteurs, ceux qui dépensent beaucoup aussi, sont pour une part importante les aficionados. peut-on se payer le luxe de les rejeter ? La corrida c’est aussi un secteur économique important, une composante essentielle d’une ruralité en crise et l’on ne peut éliminer d’un revers de main; ce serait folie…

Les régions autonomes les plus concernées ont bien compris tout cela et les spectacles recommencent à fleurir un peu partout en Andalousie -le bastion- mais aussi en Castille la Mancha, soutenus, c’est essentiel, par les télévisions autonomes et souvent pas des aides régionales ou locales. Trois de ces dates ont un relief particulier en raison de l’importance des arènes : Huelva, El Puerto de Santa Maria et désormais Ronda. Mais il pourrait y en avoir d’autres. On parle d’une temporada parallèle montée par la Unión de Toreros et la Fundación Toro de Lidia avec pas moins de 29 dates. Cela reste à confirmer… Elle démarrerait dès le 15 août.

Il y a, par ailleurs, des annonces éparpillées dans des lieux inattendus souvent et il reste aussi de grandes férias encore incertaines comme Salamanque ou Saragosse. Il faut encore que la situation sanitaire permette leur concrétisation… Mais, on voit, à travers ces initiatives un peu anarchiques, le lien consubstantiel qui existe entre l’Espagne et la tauromachie. Il y a un aspect existentiel dans cette union et ce n’est pas demain qu’on pourra le couper.

Cette étonnante capacité de résistance dans les circonstances troubles et dramatiques où nous vivons au fond est réjouissante; c’est une promesse d’une voie pour demain dans le brouillard persistant et poisseux qui nous enveloppe.

Pierre Vidal