Les dernières interdictions à Aranjuez et San Sebastian de los Reyes –pour deux cartelazos- le montrent clairement désormais : il s’agit d’utiliser l’épidémie de Covid 19 pour porter une estocade définitive à la Fiesta dans son véritable fief, son bastion, la région madrilène. Cet espadazo vient justement d’une administration régionale (Communidad de Madrid) à priori favorable aux toros puisque dirigée par le PP qui montre là ses véritables intentions, les mêmes en réalité que celles de la gauche: abattre la tauromachie jugée nuisible à l’image du Pays et peu conforme au concept d’une modernité baignant dans un mondialisme dominé par les préoccupations économiques. De plus le PP aspire à gouverner avec les Socialistes dans une alliance nouvelle il lui faut donc donner des gages. La corrida est le meilleur d’entre eux car le plus emblématique et le moins cher aussi.

Nous ne sommes pas des suppôts des complotistes, tout au contraire, l’épidémie existe bel et bien et elle prend dans certaines régions d’Espagne un tour à nouveau préoccupant. Ceci étant, à Aranjuez par exemple, l’empresario, Carlos Zuñiga, était prêt à suivre toutes les injonctions sanitaires et à donner, malgré tout, la corrida devant à peine un peu plus de 600 spectateurs -c’est à dire à perte. Effort considérable stoppé net par un arrêté de dernière minute interdisant purement et simplement le spectacle. Non seulement la corrida n’aura pas lieu mais les conséquences pour Movistar, la chaîne spécialisée, qui avait annoncé la diffusion de ces deux spectacles sont graves et menacent son existence même.

Au Puerto de Santa Maria, on le sait désormais, la corrida qui a suscité le premier émoi des antis s’est déroulée selon le protocole strict mis en place par les autorités. Tous les spectateurs étaient masqués, on a pris la température de chacun d’entre eux à l’entrée et ils ont été incités par micro, entre chaque toros, à maintenir les règles de distanciation sociale. Que faire de plus ? Malgré cela, la communidad Andalouse, supposée être pro-corrida, parce que dominée par une alliance PP-Vox, a pris elle aussi des mesures drastiques qui empêchent de facto la tenue de spectacles taurins. On annonce cependant un spectacle pour « el dia de la Hispanidad » à Cordoue avec 2 500 spectateurs au lieu des 15 000 qu’en contient l’arène. Se fera-t-il ?

Après Madrid et l’Andalousie, Salamanque en a rajouté une louche il y a quelques jours en supprimant les manifestations prévues dans le cadre des deux certamens qui devaient se dérouler  à la Glorietta, la plaza de la capitale salmantine. Jauge maximum pour les spectacles taurins : 50 personnes ont décidé les autorités. Donc rien de possible…

On peut s’interroger sur cette extrême sévérité à l’égard des spectacles taurins, d’autant que les concerts de plein air (on l’a vu à Alacala de Henares) bénéficient de la bienveillance des mêmes autorités. Quand on fait deux poids deux mesures c’est qu’il y a forcément un loup. La Covid serait alors l’opportunité de porter un coup fatal à une culture populaire et vivante ?

Pierre Vidal