Le critique taurin Zabala de la Serna, du Mundo, le grand quotidien madrilène, vient de l’annoncer : il y aura bien une temporada qui pourrait débuter dès la fin du mois avec la participation de l’ensemble des figuras les plus en vue « afin de sauver la corrida ». Cette série comprendrait 15 corridas de toros, trois de rejoneo et trois novilladas piquées. Tous les spectacles seraient télévisées par Movistar qui, indépendamment de cela, lance depuis quelques jours, une campagne d’abonnements en France à petits prix (moins de 5 euros par mois). Les cartels seraient élaborés par la FTL. Le slogan de l’ensemble ‘para reconstruir la tauromaquia ».

Cette annonce qui date du 14 septembre  a été largement reprise par les médias mais pas confirmés par les intéressés. Elle reste néanmoins crédible en raison de la qualité de Zabala de la Serna, journaliste professionnel, rigoureux par définition et investigateur perspicace. Le projet ne date pas d’aujourd’hui puisque dès le confinement après une rencontre de toutes les figuras à Séville dans la superbe demeure achetée par Andrès Roca Rey dont Zabala fut le seul à donner des détails concrets, la question avait été débattue. On parlait alors d’une trentaine de spectacles, élaborés par la « Fundacion », donnés devant un public réduit mais plus fourni, les normes sanitaires étant moins sévères que maintenant.

Le principe semblait acquis mais la chose ne put se faire ; on se doute qu’elle aura buté sur la question des émoluments des uns et des autres sur lesquels les figuras ne transigent pas. C’est le caillou dans la chaussure. Il faut croire en que les esprits ont évolué et que ce coup  là serait le bon. Pour deux raisons : d’abord la situation calamiteuse de la corrida et notamment des ganaderos qui ne tiendront pas le coup longtemps dans ces conditions. On ne peut donc pas se tirer des balles dans le pied en permanence.  Au virus lui-même s’ajoute l’hostilité du pouvoir : le ministre de la culture, Uribes, ne cesse de provoquer le secteur taurin, en l’écartant systématiquement des aides apportées par ailleurs au spectacle vivant. L’objectif est clair : faire disparaître la tauromachie en utilisant la pandémie avec l’assentiment passif de la droite qui ne fait pas mieux dans les communautés de Madrid ou d’Andalousie.

La seule réponse à ces agressions répétées, potentiellement mortelles, c’est de toréer malgré tout. Or, dans cette vallée de larmes, il y a une petite lueur d’espoir : la télé. Les chaînes régionales Castilla la Mancha Média et Canal Andalucia ont fait des audiences records en retransmettant des corridas et même lors des certamens de novilladas sans picador. La 7 de Salamanque s’y est mise elle aussi (ponctuellement) et on annonce canal Extremadura. Il semble, bien qu’on ne le puisse le mesurer, que ces émission aient un réel succès à l’étranger par l’intermédiaire d’internet. Movistar, pour qui la question des retransmissions est essentielle, reprend des couleurs : après Arles, il y aura Nîmes avec du lourd malgré l’incertitude sur la présence de Perera et Manzanares tous les deux mal remis de blessures anciennes.

Pas de corridas sans public me direz-vous, mais l’OM a accepté une jauge limitée à 1000 spectateurs pour continuer le foot dans la capitale phocéenne où c’est une religion. C’est ainsi : il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur et ce qui apparaissait incongru avant les Fallas de Valence est accepté par la plupart des professionnels.

L’oracle de Zabala de la Serna va-t-il se confirmer ? La proposition sera-t-elle de bon niveau ? Les spectacles seront-ils dans des lieux acceptables ? Un véritable esprit de compétition présidera-t-il à cette série ? Sera-t-elle menée avec le sérieux nécessaire ? Il faut l’espérer car il y a là une réelle planche de salut ; en espérant mieux, c’est-à-dire un retour à la normale qui pourrait se faire attendre plus longtemps que prévu.
Pierre Vidal