Il vient de l’annoncer ce mercredi soir dans un communiqué, Sébastien Castella se retire du toreo.

Voici le communiqué:

« Chers aficionados, qui depuis tant de temps m’avez suivi, soutenu, et porté :Je vous écris pour vous informer que je me retire du toreo. C’est une décision difficile, très réfléchie et qui, en outre, coïncide avec mes 20 ans d’alternative, un évènement que je n’ai pas pu partager avec vous comme je l’aurais voulu. Je n’aurai jamais imaginé, quand j’ai commencé ma carrière à 11 ans dans ma ville natale, Béziers, que j’allais parvenir à atteindre tous les objectifs que je m’étais fixé.

Je veux remercier tous ceux qui m’ont accompagné à un moment de ma carrière. J’ai appris de tous. Je veux surtout me souvenir de ma famille. Sans eux, tout ce chemin jusqu’ici n’aurait pas été possible.Je me considère comme un privilégié. J’aimerai me souvenir de mes camarades qui ont payé de leur vie la conquête de leurs rêves de lumières. Ils ont rendu cette profession encore plus grande.Tout ce que j’ai, ce que j’ai vécu, ce que je sais et ce que j’ai obtenu, je le dois au monde du toro.

J’ai rencontré des gens et découvert des endroits merveilleux grâce à la plus belle profession du monde. Aussi souvent qu’il renaissait, il essaierait toujours de devenir torero.. Mais à ce jour, je pense qu’il y a d’autres univers à découvrir et j’ai beaucoup à apprendre au-delà de ce qu’a été ma vie depuis tout petit.

En cette année 2020, si difficile en raison de la situation sanitaire que nous vivons, j’ai décidé de toréer pour rendre, à mon humble façon, au toro tout ce qu’il m’a donné. Je pense que c’était nécessaire. Je l’ai fait, dans les quelques arènes qui ont pu donner des spectacles, pour mon équipe, qui a tant souffert du manque de contrats et qui m’ont été si fidèles, pour l’aficion dont j’ai toujours ressenti l’affection et le soutien, pour les empresas qui ont décidé d’organiser des corridas, pour les éleveurs auxquels nous devons tant, nous, les toreros, et pour les médias spécialisés que j’ai toujours perçu comme une partie importante de ce secteur.

Je ne sais pas si ce sera un adieu définitif ou un simple au revoir. Seul le temps détient la réponse. On dit que les toreros ne se retirent jamais et je pense que c’est le cas. Où que je sois, quoi que je fasse, je dirai toujours avec fierté que j’ai été, suis et serai TOUJOURS TORERO.

Merci à tous et hasta siempre.

Ce fut un vrai plaisir.

Sébastien Castella »

C’est un coup terrible au moral de l’aficion que ce départ inattendu dans un moment si difficile. Sébastien a ses raisons. Sa déclaration lors du mano à mano nîmois à la télévision réclamant une table ronde de tous les acteurs du milieu taurin durant l’hiver nous avait alerté. D’autre part, lundi, le quotidien « El Mundo » annonçait qu’il allait bientôt être à la tête des arènes de Béziers https://www.elmundo.es/cultura/toros/2020/09/29/5f7233bdfdddff03a98b4616.html.

Quelles sont les raisons véritables de cet immense torero qui nous a donné tant de joie et qui semblait avoir encore beaucoup à dire ? C’est un homme secret qui peut considérer avoir franchi toutes les marches de la gloire et qui peut être lassé car les succès d’aujourd’hui n’ont plus saveur des premiers et demandent plus d’efforts encore. Il peut aussi penser que les choses étant ce qu’elles sont depuis le début de cette temporada marquée par le COVID19 cela ne vaut plus la peine de se battre. Peut-être ne souhaite-t-il pas imiter la posture de Roca Rey ou Talavante qui se sont retirés sur leur Aventin en attendant des jours meilleurs alors que l’on a besoin d’eux aujourd’hui. Ou, ne souhaite-t-il pas imiter ceux qui atteints par la limite d’âge continuent comme si de rien n’était.

Ce ne sont là que des hypothèses. Sébastien, par sa décision, envoie, en tout cas, un signal fort à l’aficion et sans doute aussi au milieu taurin qui l’aura décrypté plus facilement. Il y a une signification mystérieuse dans ce geste radical que nous respectons bien sur. Nous qui l’avons toujours suivi, soutenu et aimé, nous sommes en proie à une grande tristesse néanmoins, à un véritable désarroi, qu’il nous soit permis de l’écrire ici.

Pierre Vidal