L’alliance anti-corrida de Nîmes juge « contre-productives » les actions en justice de la SPA contre la tauromachie

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La SPA a été déboutée de son procès intenté contre la ville de Bayonne pour « sévices graves et acte de cruauté envers un animal » mardi 17 novembre. Un procès voué à l’échec qui renforce les pro-corrida, selon l’alliance anti-corrida à Nîmes.Publié le 19/11/2020 à 19h02 • Mis à jour le 19/11/2020 à 20h34

Nîmes ou Bayonne sont des villes où la corrida est une tradition locale ininterrompue
Nîmes ou Bayonne sont des villes où la corrida est une tradition locale ininterrompue • © CHRISTINE NUEL / MAXPPP

GardNîmesPyrénées-AtlantiquesBayonneLa justice a autorisé mardi 17 novembre la ville de Bayonne à continuer d’organiser des corridas. Elle avait été saisie par la Société protectrice des animaux (SPA) dans le cadre d’une vaste offensive judiciaire contre des villes à tradition tauromachique, dont Nîmes, Carcassonne, Béziers et Dax. L’association de défense des animaux a été déboutée par le tribunal correctionnel.

La SPA avait accusé de « sévices graves et acte de cruauté envers un animal » le torero Jean-Baptiste Jalabert, dit « Juan Bautista », et cité comme complice la ville de Bayonne et le gérant des arènes. Elle réclamait 10.000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice moral.

Une tradition locale ininterrompue

Les prévenus avaient invoqué le Code pénal, à l’audience en septembre, qui réprime les sévices graves et actes de cruauté envers les animaux en captivité, mais en exclut l’application aux courses de taureaux pour les cas « où une tradition locale ininterrompue peut être invoquée ».  La SPA avait plaidé qu' »en France, plus de 70% des personnes interrogées sont contre la corrida », et que « le constat d’un changement de l’opinion doit être pris en compte ».

Un constat qui ne leur a pas donné raison sur le terrain judiciaire. Dans son délibéré, le tribunal correctionnel de Bayonne estime que « force est de constater que dans les arènes de la localité bayonnaise, la tenue régulière de courses de taureaux remonte à une époque fort ancienne et n’a jamais été interrompue sauf pendant les guerres mondiales, si ce n’est en cette année 2020 pour cause de crise sanitaire ».

« Le procès qu’il ne fallait pas faire »

Une initiative « contre-productive » et « vouée à l’échec » pour Claire Starozinski, de l’Alliance anti-corrida, spécialiste de ces dossiers à Nîmes. L’association, active dans ce combat depuis 26 ans, avec de nombreux dossiers judiciaires à son actif, n’a pas été consultée.

Quand on s’occupe de corrida, il faut connaître tous les tenants et aboutissants de la jurisprudence, et le problème de ce type de démarches judiciaires lancées par des associations parisiennes. Les attaquer ne fait que renforcer la corrida. Les acteurs locaux le disent et le savent. La SPA nationale prend des décisions en dépit du bon sens, et c’est regrettable pour l’ensemble des défenseurs des animaux. Et faire parler de soi d’accord, mais si c’est pour renforcer la partie adverse, c’est désolant. 

La militante, qui n’est pas étonnée que la SPA ait été déboutée, estime que ce procès était celui qu’« il ne fallait surtout pas intenter » et qui « renforce les bases législatives de la corrida ». La loi est claire, et ne peut pas être attaquée en tant que telle, selon l’activiste. 

« La justice a fait son travail », a réagi de son côté l’association nîmoise « Touche pas à mes passions ». « Bien sûr il faut s’en réjouir mais ce n’est pas une grande victoire, explique Victor Jalaguier, président du collectif de jeunes aficionados. Nous continuons à faire de la veille au niveau national sur les propositions de loi qui pourraient vraiment mettre en danger cette tradition. »

L’idée de cette offensive de la SPA, lancée en 2019, après une précédente en 2017,  était de replacer la corrida dans le débat : « à force on va bien finir par avoir l’oreille du législateur », pour « changer la loi » et « obtenir l’abolition » de la corrida, expliquait alors la SPA. 

Emma Derome, avec AFP