Photo Roland Costedoat

Extrait:

-Orthez, même si cela peut paraître surprenant, marque un avant et un après dans ta carrière. C’est aussi le début de ta relation avec « Luisito », un ancien matador français, peu connu alors en tant qu’apoderado.

-L’hiver précédent cette corrida, je cherchais un apoderado. Il s’occupait de Pablo Aguado et venait d’arrêter sa relation professionnelle avec lui. On m’avait dit que c’était quelqu’un qui pourrait m’aider en France pour des corridas ponctuelles. Je l’appelle au téléphone, je lui demande et il me répond : « Impossible ». J’insiste et le même mot revient : « Impossible Emilio, ils ne vont pas te prendre. Ils veulent des toreros plus préparés, plus connus ».

-En toréant si peu et après avoir affronté seul six toros avec si peu d’échos, tu n’avais pas perdu espoir?

-Non, au contraire, jamais. Après ces six toros, je me suis dit : « au final, j’aurai le dernier mot. Je trouverai quelqu’un pour m’aider et je percerai, il me faut cette opportunité. »

-Tu es quelqu’un de super positif…

-Mon ambition ne faisait que monter, monter. J’avais confiance et ça s’est passé ainsi.

-Quand tu arrives à Orthez pour affronter des toros de Hoyo de la Gitana, pratiquement personne ne te connaît en France où tu n’as toréé qu’une seule fois, étant novillero, à Garlin en 2006. Comment expliques-tu l’écho qu’a eu cette corrida auprès des aficionados français ?

-Je ne sais pas, sincèrement, je ne peux pas le dire. Je suis arrivé pour y affronter une corrida difficile, où Luisito me poussait à fond pour que je triomphe. J’y suis allé avec mes mille défauts, mes mille erreurs, je ne savais pas comment je m’en sortirais, d’autant plus que mon lot fut très compliqué. J’ai serré les dents, je me suis placé dans  le « sitio », forçant les toros à suivre ma muleta. Quel qu’en serait le prix à payer, il me fallait couper des oreilles. Et j’ai réussi ! J’en ai coupé une à chaque toro et suis sorti par la grande porte d’Orthez. Cela faisait des années que ce n’était plus arrivé. Après quoi, on m’a appelé pour une corrida le 1 octobre.

Photo B. Carritey

Tôt le matin, quand le soleil ne brule pas encore le sable du « Coso del Pino » et que l’air salé du Guadalquivir rafraîchit les corps, ils s’entraînent ensemble : humbles et glorieux ils ne ménagent pas leurs peines. Chacun pousse le carretón pour l’autre, indifférent à son rang. Là se forgent les destins : ceux qui déchargeront les caisses de poissons au port de Bonanza ou qui défileront à la Maestranza. Au milieu du ruedo, Emilio, avec humilité, éternellement dessine la même véronique, le torse luisant de sueur. Comme ses amis, ses frères de Sanlucar de Barrameda, il vivait lui aussi dans le dénuement et la solitude, anonyme et sans perspective, mais habité par la foi en lui-même. Comment a-t-il brisé le mur de l’indifférence ? Pourquoi lui et pas les autres ? Quelles furent les épreuves qu’il dut traverser pour s’extraire du « montón » où tant finissent ? Quelles mains secourables se sont tendues ? Quels ont été ces moments de doutes et de souffrances ?  Quel a été le rôle de la France dans son ascension ? Et que sera demain pour Emilio ?

Antonio Arévalo, journaliste taurin et auteur de nombreux ouvrages sur les acteurs de la corrida dans un dialogue vivant et sincère éclaire l’histoire exemplaire d’Emilio de Justo, habituellement peu loquace. Il revit avec lui les moments difficiles de l’homme puis l’avènement du torero désormais consacrée. C’est une conversation directe, sans apprêt inutile, celle d’un homme direct et franc qui en compagnie du journaliste attentif, se confie pour la première fois dans son intimité. Une belle aventure humaine.

Pierre Vidal

Aux éditions La Verdad sur toutes les plateformes d’achat, par exemple: https://livre.fnac.com/a14978146/Antonio-Arevalo-Emilio-de-Justo