Changer, s’adapter cela devrait être le maître mot de cette période qui, il faut en avoir conscience ne va pas s’arrêter à court terme. Le rythme de la vaccination traîne en France comme dans toute l’Europe. La communauté fait une fois encore la preuve de son insuffisance : elle est plus habile à imposer des règlements abscons ou à imposer une loi d’airain aux pays faibles comme la Grèce que de résoudre les difficultés qui nous assaillent. On le voit, dans cette affaire des commandes de vaccins, son action est même contre-productive. Ses calculs d’épiciers nous ferons peut-être gagner quelques centimes mais nous perdre des milliers de vies et des centaines de journées de travail ; sans parler des atteintes aux libertés toujours plus réduites chaque jour. Etre européen cela ne veut pas dire gober béatement tout ce que l’on nous impose.

Il faut donc s’adapter et considérer que les grandes férias seront très probablement interdites cet été. C’est déjà le cas à Séville, Cordoue et Pampelune -dans ce cas ce n’est pas une annonce officielle mais très vraisemblable. Evidemment ces exemples seront suivis par de nombreuses autres cités plus ou moins grandes ; on parle de  Sanlucar et de Jerez par exemple. La France n’y échappera pas. Cela devrait être désespérant pour l’aficion, pour les professionnels surtout -sur le dos desquels on veut toujours faire des économies- pour la tradition taurine tout simplement dans un moment où elle est contestée comme elle ne l’a jamais été, en Europe et surtout en France comme en Espagne.

Il y a cependant des bonnes nouvelles : Séville et Cordoue n’ont pas renoncé à monter des spectacles taurins malgré les annonces des autorités d’interdire les férias. C’est aussi le cas de Pampelune avec l’annonce du maire Enrique Maya qui, à contre-courant de la presse locale et des positions de la présidente de la région navarraise vient de déclarer «nous sommes en train de travailler à faire en sorte qu’il y ait des corridas » malgré l’impossibilité due au Covid. Pourquoi dit-il, « les corridas seraient elles assujetties à l’encierro ? » L’encierro est une course formidablement médiatisée mais elle est indépendante des corridas qui peuvent exister par elles-mêmes comme on l’a vu par le passé ; même avec une jauge limitée mais raisonnable. Il en est de même à Cordoue où Garzon, l’empresa, a déjà décidé fermement d’aller dans ce sens, comme il l’a fait l’an dernier. Quand à Séville, une temporada plus légère que les années précédentes est en préparation. La France devra elle aussi aller dans cette direction [certains s’y préparent déjà]. Il y avait autrefois des plazas de temporada, déconnectées du calendrier festif, qui donnaient régulièrement des corridas. Il en reste une: le Puerto de Santa Maria. Il faut retrouver cette direction.

Et Madrid ? Rien d’officiel mais, selon certaines rumeurs on pourrait aller vers un concept proche. Une arène qui fonctionne les week-ends, abandonnant le long cycle de la San Isidro, appuyée par la télévision qui jouera dans ce contexte un rôle de plus en plus important. Hier nous étions accablés par cette série d’annulations mais désormais il y a un espoir.

Charles Darwin et sa théorie de l’évolution a montré la voie : « les espèces animales et végétales ont dû changer pour survivre ». Il a pensé aussi la loi de la sélection naturelle : « seuls les individus d’une espèce les mieux adaptés vont survivre et se reproduire ». 

Pierre Vidal