Jean Grenet est mort à son domicile bayonnais ce mardi 23 février. Il avait 81 ans. Succédant à son père, Henri qui avait dirigé Bayonne pendant 37 ans, Jean Grenet est devenu maire dans la ville où il était né (en 1939) en 1995. Ce chirurgien a ensuite enchaîné trois mandats jusqu’en 2014, date à laquelle il annonce qu’il ne se représentera pas, mettant fin à 55 ans de « dynastie Grenet ». Il avait fait de la rénovation du centre-ville une de ses priorités. Jean Grenet a ainsi fait voter la rénovation des halles au début des années 2000 et la piétonnisation de certaines rues. Il a aussi maintenu l’hôpital en centre-ville, un choix contesté, comme l’arrivée d’un magasin Ikea. Parmi les autres transformations voulues par l’ancien maire, il faut noter celle du site des anciennes casernes de la Nive pour accueillir les bâtiments du conseil général et une partie de la faculté. Et ce centriste ne manquait jamais de rappeler qu’il avait fait porter à 27% le taux de logement social de la ville.

Jean Grenet n’a pas été uniquement maire. Il fut député RPR de 1995 à 2012 et a suppléé Alain Lamassoure quand celui-ci était au gouvernement, avant d’être battu par la candidate socialiste Colette Capdevielle ; sa toute première défaite électorale. Il aussi pris la suite de son père au conseil général en 1992, sous une étiquette UDF avant d’adhérer au parti radical valoisien et a présidé pendant sept ans la Communauté d’agglomération Côte basque Adour. Il était très proche de l’Aviron bayonnais, dont il a été le président.

C’était un grand aficionado, longtemps président de l’UVTF, agissant à l’Assemblée Nationale pour la préservation de la tauromachie, soucieux de l’avenir de ses arènes pour lesquelles il a commandé de nombreux et importants travaux. Il a toujours soutenu la tauromachie française en veillant à ce que les toreros français soient programmés régulièrement à Lechepaillet. Il était attentif à la qualité du bétail présenté en piste et pouvait même intervenir pour que la présentation soit à la hauteur de l’idée qu’il se faisait de Bayonne dont il a ainsi maintenu l’éclat. La tauromachie à Bayonne c’était pour lui une préoccupation permanente. Il aura beaucoup fait pour sa perénité.

A sa famille, à ses proches, à tous les bayonnais nos condoléances les plus sincères. Nous partageons leurs peines. C’était un homme sincère, tolérant et chaleureux. Nous perdons aujourd’hui un de nos meilleurs défenseurs auquel nous devons beaucoup et qui nous manquera.

Pierre Vidal (avec France Bleu Pays Basque)

Jean Grenet à Lechepaillet entourré d’Alain Lartigue et d’Olivier Barratchart (photo Bruno Lasnier)

Voici des extraits de l’interview que Jean Grenet nous avait accordé pour le livre « Jean Grenet, l’aficion sous toutes ses formes » publié aux éditions Gascogne (collection La Verdad):

. Que vous inspire la montée de « l’animalisme » dans les médias ?

Jean Grenet :

Il s’agit d’un sentiment inconnu autrefois de préservation animale. Si on évoque la douleur, si on considère l’être humain, on a fait des progrès énormes. On a des moyens de soulager ce qui ne l’était pas par le passé. La douleur est bannie et l’humain aujourd’hui accepte mal que l’on fasse souffrir l’animal. Je n’ai ni chien ni chat, je n’y suis pas sensible mais je comprends que des gens adorent leurs animaux ; personnellement j’adore les chevaux. Le toro est un animal magnifique et les gens ont tendance à le considérer presque comme un animal domestique. Sauf que c’est un fauve prêt à tuer. Dans le « campo » les toros se tuent entre eux. Ils sont féroces. Mais le grand public ne les voit pas ainsi : pour eux il s’agit d’animaux et peu importe qu’ils soient dangereux ou pas, on ne peut pas accepter de les faire souffrir. Les safaris ont très mauvaise réputation, la chasse à courre disparaît. Petit à petit il y a une volonté de préserver l’animal. Dans ce contexte, la corrida interpelle le public. C’est normal ! Mais s’il n’y a plus de corridas, il n’y aura plus de toros de combat. On préserve les espèces, en voilà une qui va disparaître. Lors d’une « tienta » la vache sélectionnée a la vie sauve. Une sur dix est gardée pour procréer. Celles qui ne sont pas choisies partent à l’abattoir directement. Mais cela personne ne le voit… pour le grand public, le toro qui se bat dix minutes dans l’arène c’est insupportable…

Q. Pourquoi l’afición est-elle de plus en plus mal vue partout ?

Jean Grenet:

Au niveau européen, la corrida n’est plus dans l’air du temps. On fait souffrir des animaux. Ils le voient comme ça. Ils ne veulent plus qu’on engraisse les canards. La chasse aux ortolans est pénalisable. Les combats de coqs sont interdits. La tauromachie est dans l’œil du cyclone. L’Europe est sous la domination des pays nordiques, de la culture anglo-saxonne et l’Europe du Sud est minoritaire. La culture prédominante appartient à l’Europe du Nord. Ces pays sont très réfractaires à ce genre de spectacles. On a toujours craint de la part de l’Europe des réactions législatives contraignantes : la modification du spectacle, la suppression de la mise à mort, voir même la disparition pure et simple de la corrida.

(…)

Q. Vous avez toujours agi en faveur des toreros français. Il fut un temps cela ne paraissait pas évident : le Milieu Taurin y était lui-même réfractaire… pourquoi cet engagement ?

Jean Grenet :

Je pense qu’il y a des gens méritants en France dans le monde de la corrida, que cela soit des toreros ou des éleveurs. Il y a des écoles qui se sont créées un peu partout et nous avons des jeunes qui méritent qu’on leur donne leur chance. Tout le monde n’est pas Sébastien Castella ou Juan Bautista. On a vu à Bayonne Julien Lescarret¹ ou Thomas Dufau² ; il y en a eu d’autres. Il faut donner à ces jeunes français les éléments techniques et des opportunités pour qu’ils puissent réussir. Après, pour chacun d’entre eux cela dépendra de beaucoup de facteurs que nous ne maitrisons pas. D’un autre côté, c’est vrai, j’ai toujours soutenu les élevages français notamment dans les novilladas matinales non piquée données à Bayonne et même pour certaines novilladas avec picadors. J’ai fait appel aussi aux cuadras françaises d’Alain Bonijol ou Heyral.

In « Jean Grenet l’aficion sous toute ses formes » éditions Gascogne (avril 2017).

https://www.uculture.fr/livres/jean-grenet-9782366660999.html?gclid=Cj0KCQiA7NKBBhDBARIsAHbXCB5hQJd29uety09NmHjqd1UMiaAX8DwAeWqZdPPSGwpGpegkCMwTOCEaAk4ZEALw_wcB