Nous verrons rapidement si l’indignation du milieu taurin et des figuras qui sortent enfin de leur silence (‘Es la hora del toreo ») va porter ses fruits et si le cycle taurin prévu à Séville à la fin du mois aura lieu. On verra alors qui est dans le concret et si prendre ses désirs pour des réalités est une attitude responsable. Pas de toros à la Maestranza deux printemps de rang ce serait inédit et les conséquences en seraient ravageuses. Arrêtons de rêver : le président de la junte d’Andalousie a été clair une fois encore : « la loi est la même pour tous,  augmenter la jauge pour la tauromachie est incompatible avec la situation sanitaire ». Et ce mardi soir encore cette injonction du gouvernement andalou : « appliquez les mesures sanitaires ». Ce que l’empresa Pages se refuse à faire puisque ces mesures représenteraient 20% environ de la plaza et qu’à moins de 50% il se refuse de donner des spectacles.

Depuis le début de la crise sanitaire les figuras, après leur réunion de Gerena, l’an dernier, dans la maison de Roca Rey (bâtie par Randolf Hearst), sont dans le déni. Elles attendent que le monde d’après reviennent comme le monde d’avant: avec le même public, les mêmes dates et surtout les mêmes émoluments. Certains plus réalistes ou plus indépendants ne font pas partie de la bande -comme Ferrera. Des jeunes, comme Pablo Aguado, Juan Ortega ou moins jeunes mais peu vus comme Emilio de Justo, profitent de cette absence en s’inscrivant dans les créneaux qui restent ouverts ; ceux liés à la télévision comme on a pu le voir samedi à Almendralejo. Les absents ont toujours torts. c’est se tirer des balles dans le pied.

Après Léganés, probable annulation de Séville donc -sauf si la télévision vient en dernier recours apporter son aide à Ramon Valencia- et demain qu’en sera-t-il du cycle madrilène prévu à Carabanchel ? La situation est doublement précaire dans la capitale : au Covid s’ajoute les prochaines élections où gauche et droite sont à égalité dans les derniers sondages. On pourrait donc passer d’une majorité (la sortante) à une nouvelle qui devra son succès à une alliance avec Podemos –en recul mais indispensable pour faire une majorité. Or, à la tête de la liste de Podemos se trouve le plus antitaurin de tous les hommes politiques ibériques, Pablo Iglésisas qui a juré de faire la peau de la tauromachie. Et il le fera n’en doutons pas dès son arrivée au pouvoir, ce qu’à dieu ne plaise.

De plus, une grande partie des figuras, avec à leur tête la plus originale d’entre elles, l’artiste le plus complet, le seul torero qui soit « iconique » (quoiqu’on en pense), Morante de la Puebla, ont cru malin de se ranger derrière la bannière archaïque de Vox et du pitoyable Abascal, défenseur d’un passé révolu et dont la capacité de séduction diminue. Selon les sondages, il serait lui aussi très minoritaire à Madrid. Cet appui ostensible suffit aux antis pour nous classer dans le camp des réacs, des monarchistes obtus, voir des nostalgiques du franquisme. Ce positionnement stupide, à contre temps des évolutions de la société, présente une vision contraire de ce qu’est en réalité la tauromachie : un spectacle transgressif et radicalement moderne. Il ne nous aide donc pas.  

A tout ceux qui comprennent la langue de Cervantes je recommande ceci où il est dit cela bien mieux que je ne le fais : https://www.elespanol.com/cultura/20210403/ruben-amon-izquierda-desprecie-subversivos-descabalgan-senorito/570443388_0.html

Pierre Vidal

PS Cette dernière nouvelle pas rassurante : https://sevilla.abc.es/andalucia/sevi-andalucia-no-descarta-volver-cerrar-seis-tarde-si-evolucion-covid-empeora-202104051257_noticia.html#ns_campaign=rrss&ns_mchannel=abcdesevilla-es&ns_source=tw&ns_linkname=seccion&ns_fee=0&_tcode=OGs4N2Yy