Ludovic Lelong, “Luisito”, c’est un destin singulier. Originaire de Cherbourg, sans antécédent taurin, il fut un novillero puntero pour devenir le 29ème matador français, à 21 ans, le 16 août 1997, dans les arènes de Bayonne : toros de Los Bayones, Enrique Ponce comme parrain, et Francisco Rivera Ordóñez comme témoin. Rapidement « Ludo » comme l’appellent ses  amis fait le choix de s’installer à Sanlucar de Barrameda, un nom connu alors que de très peu d’aficionados français. Il s’y est ancré, lui et sa famille. A l’embouchure du Guadalquivir le toro n’est jamais très loin et Luisito a replongé dans la marmite en faisant bénéficier de ses conseils deux des stars du moment Pablo Aguado et Emilio de Justo. Le premier n’existait pas, le second noyé dans l’enfer des toreros oubliés. Il les a porté tous les deux au premier plan. Ainsi il est devenu une référence. Ludovic a désormais décidé d’aider Thomas Dufau et entre les deux hommes l’accord est parfait.

Photo JM Bouscatel

-Ludovic quel est ton rôle auprès d’un torero ?

-Cela pourrait être assimilé à celui d’un conseiller technique avec un travail poussé sur la partie psychologique. Avoir une connaissance technique importante et la transmettre dans ce cas précis à  Thomas. Parce que Thomas est un ami, parce que j’aime les toros. On a un accord entre nous qui n’a rien à voir avec celui d’un apoderado classique. C’est la volonté d’aider un mec génial, un super torero et une super personne, avec mes moyens, mes connaissances pour qu’il aille un peu plus loin.

-Tu as joué ce rôle auprès de Pablo Aguado et d’Emilio de Justo. As-tu gardé de l’amertume des ruptures précédentes ?

-Aucune amertume avec Pblo Aguado : il est et reste un ami. Je n’ai pas d’amertume concernant Emilio de Justo. J’ai énormément de déception de la façon dont il a géré cette séparation. C’est un très bon torero,  il a les qualités pour arriver parmi les meilleurs. Humainement parlant on est loin du compte…

-Comment vois-tu l’avenir de Thomas Dufau ?

-J’y crois parce qu’il me l’a prouvé. Je ne crois que ce que je vois. J’ai vu qu’à Mont-de-Marsan il était capable de faire un effort titanesque face à un toro de Jandilla très difficile, qu’il a été très bien à Istres même si l’épée au deuxième toro nous joue un mauvais tour. Je sais que ses qualités sont là et que son évolution est certaine, qu’il a encore beaucoup de  choses à dire. Le problème ça n’est pas Thomas, le problème c’est la situation de la tauromachie actuelle, la place laissée aux seconds ou troisièmes couteaux: malheureusement, les férias se sont réduites, il y a moins de corridas. Saint-Sever, Villeneuve-de-Marsan, Eauze, toutes ces arènes n’ont pas ouvert cette année, pour des raisons sanitaires, Thomas aurait pu s’y présenter ; dans une arène comme Nîmes où il y a beaucoup moins de corridas évidemment on engage les stars, il y a moins de places pour les autres. Quelqu’un comme Thomas en fait les frais. Donc, les balles qu’on a dans le fusil doivent faire mouche à chaque fois.

-Toréer peu pour un torero c’est dur comme tu l’aides à passer ce cap ?

-La perte de confiance est plus liée aux échecs qu’à ne pas toréer. Ne pas toréer c’est la faute du système et malgré tout Thomas est un privilégié parce qu’il va en toréer sept ou huit fois dans des arènes importantes. Dans des arènes importantes là il n’y a pas le droit à l’erreur c’est sans appel.  Dans les arènes de seconde ou troisième la pression est plus légère. Thomas toréé dans les arènes de premières avec un poids sur les épaules très important. Mais l’année prochaine il aura sa place dans des férias qui vont reprendre un rythme normal.  

-Thomas a opté pour un toreo classique, technique qui ne passe pas toujours aux tendidos. Doit-il changer ?

-Mon concept est simple : ou on est bon ou on est mauvais torero. Thomas fait partie des bons. Il a une très bonne idée de la tauromachie. Son vrai problème c’est sa très grande technique. Elle cache les difficultés des toros. Si on n’est pas bon aficionado on n’a pas forcément la vision de ce qu’il fait à des toros compliqués.  Depuis huit mois on travaille pour que cette technique soit plus claire, plus lisible, qu’il y ait davantage de don du corps, plus d’entrega, pour que cela passe plus près. Ce travail cela donne des faenas comme Istres ou Mont-de-Marsan où son engagement, sa prise de risque, son abnégation, son courage ne peuvent pas être mis en cause. Thomas est un autre torero depuis cette année, il a bien compris où il devait aller.

-Il y a deux dates importantes à court terme Bayonne et Dax. Comment vivez-vous La pression?

-Thomas n’est pas un torero tombé d’hier. Il a beaucoup d’expérience. Il a toréé dans de nombreuses arènes, dans des cartels importants. Il sait gérer la pression. Il sait que nous sommes dans le même bateau, grâce au travail accompli ce n’est plus le même torero. Quand je vois Istres : je ne m’attendais pas à une faena de ce niveau aussi tôt. Avec De Justo on a mis deux ans à avoir le niveau de Thomas aujourd’hui. Quand je vois Istres, que Thomas soit capable de progresser autant en huit mois, cela me rassure. Pour peu qu’il n’y ait pas de malchance à Bayonne ou Dax, -qu’un toro se casse une patte ou une corne en pleine faena, par exemple- je n’ai pas de doutes qu’il sera très bien. Aucun doute, là-dessus.  

Itw Pierre Vidal

Photo JM Bouscatel