Par inca Virgo Arte

Qui, enfant, n’a pas mis ses pieds dans les chaussures des parents, se connectant ainsi au rêve de « devenir grand comme » ? Et, puis, dès que les premiers pas étaient exécutés dans les chaussures de géant, la démarche, traînassant, devenait incertaine, à la recherche d’équilibre, et déclenchait souvent les rires bienveillants de la parentèle présente.

Déjà, le petit pied, admiratif de ses géniteurs, cherchait à se projeter vers un futur plein de grandeur, de force, d’un futur couronné par la réussite, le succès – on ne sait pas encore lesquels – déclenchant l’admiration autour de sa personne… Rien n’est dit. Tout est dans la posture ! Se tenir droit, en équilibre, au risque de provoquer la chute…

Du Mexique et plus précisément de Tierra Nueva, San Luis Potosí, nous parvient cette affiche tauromachique originale, publiée sur le site d’Aplausos.

Originale parce qu’il n’y a ni les paillettes, ni le décorum auquel, aficionados, nous sommes habitués. Originale par la sobriété de ses couleurs lesquelles n’en contiennent pas moins les références picturales de la tauromachie.

Un nuage de terre flottant sur un ciel bleu, bleu comme une mer ou un ciel sans fin, en quête d’un moi en devenir, en quête de gloire future. Des bas roses habillent des pieds trop petits pour des zapatillas taille adulte. Toutefois, un pied se soulevant marque une volonté d’avancer. Avancer pour « aspirantes a novillero » !

La finale du cycle de novilladas de la Fundación del Toro de Lidia (6 novembre) a vu le triomphe d’un novillero Isaac Fonseca. Ces autres compagnons de lidia – Manuel Diosleguarde, Jorge Martínez, et Manuel Perera -, n’ont en aucune manière déméritaient. Ils démontraient tous, sans exception, du talent, et dans leur toréo, ils ont déployé une personnalité torera.

En les voyant, si jeunes, mettre tout en jeu dans leur toreo tissé de techniques et d’arte, couronné de leur propre vie, je ne pouvais que les admirer, admiration teintée d’émotion. Admiration, car en arrière-plan défilait ce que j’avais appris du cheminement ardu, âpre, très onéreux, de ces jeunes gens incarnés dans un rêve. Le rêve de devenir le plus grand torero… Habillés de lumières, le rêve de briller au firmament des étoiles des arènes… Admiration, car dans leur actuation, rien de ce cheminement quasi ascétique, fait de sacrifices, d’abnégation à vivre une jeunesse insouciante de fêtes et de plaisirs, n’affleure.

Qu’ils soient issus d’un milieu modeste ou aisé, ils affrontent le fauve armé de deux épées effilées, impitoyables. Et pour y parvenir, ils pensent Toro, ils rêvent Toro et peut-être même mangent toro !… Et je me pose une question : quel est le secret ?

Hier, la pauvreté, la faim poussaient des jeunes à se jouer la vie devant des taureaux. Aujourd’hui, armés de portables, plongés dans les sites où les images défilent si vite qu’elles n’impriment aucune trace de réflexion, où la rapidité créée l’illusion de consommer des plaisirs, comment ces jeunes, baignés dans une certaine facilité, trouvent-ils la force, le courage, la pugnacité, de s’entraîner sans relâche, jour après jour, recevoir des coups bleuissant le corps, se relever et continuer pour… enfin… revêtir l’habit étincelant et fouler solennellement, zapatillas au pied, le sable des arènes ? Quand je pense, par exemple, au jeune novillero Manuel Perera qui a obtenu une dérogation pour ne pas se coiffer de la montera, suite à un accident à la tête, puis, suite à une grave cornade à Vistalegre (éviscération intestinale), il se retrouve avec des plaques au ventre, je reste songeuse. Abandonne-t-il ? Que nenni ! Il est là, et il torée prenant tous les risques, un peu à l’image de son illustre apoderado. Peut-être essaie-t-il d’en chausser les zapatillas ?

Dès lors, quelle est donc cette énergie qui galvanise ces jeunes à continuer à toréer malgré les obstacles petits et grands ?

Souvent, la question est posée aux principaux acteurs. Et, souvent la réponse est :

LA PASSION DU TORO !

Pour moi, encore aujourd’hui, cette PASSION est un mystère ! Mystère qui sacralise une histoire de l’Homme, de la Terre et du Ciel…

Inca Virgoarte

Novembre 2021