A la veille de l’année nouvelle, c’est l’heure des bilans mais aussi celle des perspectives pour la temporada à venir. Il est clair que l’évolution de la situation sanitaire sera l’élément crucial dans son déroulement. Un contexte semblable à celui des années précédentes causerait des dommages irréparables à toute la filière. Il mettrait au chômage l’essentiel des professionnels et atteindrait mortellement les éleveurs qui sont le socle du spectacle taurin. De nombreux organisateurs aux finances fragiles seraient engloutis par la précarité de la situation. Enfin il y a le risque majeur que le public s’éloigne définitivement des ruedos.

On ne s’appelle pas Madame Irma et nul ne peut prévoir comment la situation sanitaire va évoluer. Il est probable que les gouvernements concernés (France, Espagne, Portugal) voudront la poursuite a minima des activités culturelles -et donc de la corrida- mais avec des contraintes qui seront difficiles à surmonter : suppression des fêtes populaires, interdiction des repas et buvettes, jauge plus ou moins drastiques. On peut se poser la question reviendra-t-on en arrière un jour ? Retrouverons-nous nos fêtes: ces moments de convivialité amicaux.

L’avenir de la tauromachie passe aussi par le renforcement de la télévision et particulièrement par les retransmissions en direct -qui font des scores intéressants. Quelles sont les activités culturelles ou sportives qui ont vocation à être « de masse » d’où la télé est absente ? L’attitude de certains toreros vis-à-vis de la télé est irresponsable et en dit long sur l’estime qu’ils portent à la tauromachie. Je pense ici à Talavante qui s’est retiré sur son Aventin avec des exigences exorbitantes. Tout  le monde n’est pas José Tomas et son rapport aux médias restera comme une exception, comme l’était son toreo. Personne d’autre que lui ne peut prétendre à ce statut iconique et exceptionnel.

Le poète a toujours raison : la femme est l’avenir de l’homme. C’est le grand combat de ce siècle mené parfois avec excès, mais irréversible : la place des femmes. Or nous vivons dans un monde de machistes (la tauromachie) qui, il y a peu encore excluait les femmes des callejons, avec des arguments assez répugnants. Il nous manque une ou plusieurs figures féminines qui fassent « jeu égal » avec les meilleurs du circuit. Raquel Martin, la salmantina, bien menée par Cristina Sanchez -inégalée jusqu’à maintenant- à une place à tenir comme Myriam Cabas qui vient, elle, du Puerto de Santa Maria. Enfin, Rocio Romero, la cordobesa, s’est montrée à son avantage à Samadet. Prendra-t-elle enfin, l’alternative? Il y en a d’autres qui débutent dans les écoles taurines espagnoles et cette abondance est un motif d’espérance. Imaginez qu’une femme joue les premiers plans en piste… quel écho populaire cela pourrait avoir dans les ruedos.

Enfin les réseaux sociaux. On ne peut plus faire sans désormais et pourtant plusieurs organisateurs, se vantent  de ne jamais lire le moindre blog ou site taurin –ou anti-taurin. Ils s’en remettent à la presse traditionnelle dont l’impact ne cesse de baisser. Il y a une vraie réflexion sur la communication du spectacle taurin à avoir. Il ne suffit pas d’avoir un bon produit il faut aussi le promouvoir avec habileté et énergie. Si on ne le fait pas on reste dans une sorte d’entre soi amical mais qui s’étiole lentement.

Il est temps de casser les tabous. D’inventer des formules nouvelles. De renouveler dans sa forme -et la forme c’est le fond- un spectacle séculaire certes mais qui ne doit pas rester figé –il ne l’a jamais été d’ailleurs. Les organisateurs ne sont pas là pour se faire plaisir ils sont là pour faire plaisir aux autres. Pour donner du bonheur. De l’émotion. Il faut abandonner les postures sectaires ou orthodoxes, faire preuve d’une plus grande hauteur de vue comme le fait par exemple, à sa façon, Antonio Ferrera qui a bien compris ce besoin de nouveauté de la majorité du public.

Or sans public point de spectacle, cela devrait être l’antienne de tous les taurins partis hélas, pour la plupart, pour dormir une année de plus sur leurs deux oreilles. Adeptes de la devise du comte Salina « il faut que tout change pour que rien ne change »*, ils défendent ainsi leurs prébendes. Or c’est une attitude inverse qu’il nous faut car dans « l’Œil du Cyclone »**, pour ramener le navire et les passagers à bon port, il faut un capitaine courageux et un équipage dévoué.

Bonne année à Toutes et à Tous !

Pierre

* »Le Guépard » de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

**In « Typhon » de Joseph Conrad