Mois : janvier 2022 Page 2 sur 9

La féria d’Istres, alternative de Carlos Olsina

 17/06 Manuel EscribanoJavier Cortés et Colombo (Pedraza de Yeltes)

S 18/06 (M) Jorge MartínezCristian Parejo et Raquel Martín (Espartaco)
S 18/06 José María ManzanaresPaco Ureña et Carlos Olsina (alt.) (Jandilla)

D 19/06 (M) Homenaje a la Maestra Nati Adrien Salenc et El Rafi, mano à mano (Virgen María)
D 19/06 Corrida Charro – Mexicana Antonio FerreraEmilio de Justo et Leo Valadez (Victoriano del Río)

On soulignera la belle alternative de Carlos Olsina avec des parrains prestigieux

On notera aussi la large place faîte aux toreros français avec 3 postes qui leur sont réservés -sans compter Cristian Parejo afincado à Béziers-, la participation de la ganaderia de Virgen Maria et la présence d’une femme Raquel Martin qui sera passée quelque semaines plus tôt en novillada piquée, à Olivenza. C’est un bon équilibre entre les figuras et les prétendants français le mano à mano Salenc/El Rafi est particulièrement intéressant. Présence aussi de toreros valeureux d’outre-Atlantique Valadez et Colombo.

plaza-istres

Arzacq : ouverture de la temporada française

La vérité est bonne à dire…

Communiqué de l’Association des Eleveurs Français de Taureaux de combat :

« Des Pyrénées orientales aux Pyrénées occidentales, pas moins de 7 novilladas formelles sont annoncées à ce jour et pas une seule avec des novillos français… Malgré un certain effort du côté des non-piquées, le niveau supérieur reste bloqué et souvent avec des élevages espagnols qui n’ont rien d’attirants, si ce n’est des prix bradés…Dans le Sud-est, berceau de l’élevage du toro bravo en France, la situation est moins dramatique, certaines arènes jouant la carte Toros de France. Ce n’est hélas pas le cas de tous et sans vouloir rentrer dans une polémique stérile, quel est l’intérêt d’une arène comme Beaucaire de mettre à l’affiche un élevage portugais, même pas réputé, si ce n’est peut-être à un prix soldé ? Et l’aficionado n’en bénéficiera même pas au moment de passer à la taquilla. Un intérêt ponctuel relatif pour l’organisateur, mais à moyen, voire à court terme, c’est favoriser la disparition de tout un pan de l’élevage brave français… Et sans ganaderías, c’est la fin programmée de la tauromachie… A méditer par tous, professionnels et aficionados. »

De Justo à Guijuelo: un contre six toros du Campo Charro

Emilio de Justo tuera six taureaux seul dans les arènes de Guijuelo le 18 août, là où en août dernier il a gracié ‘Lituanillo’ de La Ventana del Puerto. De plus, en guise de geste envers les éleveurs qui ont tant souffert au cours des saisons passées, ils seront emblématiques de la campo charro : Francisco Galache (Vegavillar), Montalvo (Domecq), Puerto de San Lorenzo (Atanasio), Garcigrande (Domecq), El Capea et Castillejo de Huebra (Murube)

Morante six fois à Séville (?)

Selon le site Mundotoro

Morante de la Puebla fera le paseo six après-midi de la saison 2022 à Séville. Et aussi, avec la corrida de Torrestrella au casting, à sa demande. Comme Mundotoro l’a appris, le génie de La Puebla combattrait cette année aux arènes du Baratillo les corridas de García Jiménez, Juan Pedro Domecq, Núñez del Cuvillo, Jandilla et Torrestrella, avec l’un des fers à combattre restant encore en l’air. L’une de ces courses sera logiquement celle du dimanche de Pâques, tandis que, très probablement, Morante ferait trois sorties à la Feria d’Avril et deux à San Miguel. Comme on l’annonce trois fois à Madrid aussi, et trois fois à Jerez on ne pourra pas le manquer… Le « génie de la Puebla » adepte des travaux forcés ?

Communiqué Adour Aficion Cultura

Chères et Chers Amis (es) de ADOUR AFICION CULTURA,

Il est encore temps de vous souhaiter, à vous et vos proches, tous nos Vœux de Santé et de Bonheur pour cette nouvelle année 2022.

Que l’on puisse enfin parler d’autre chose que du COVID, et que les toros, les ganaderos, les arènes, les toreros et les aficionados puissent à nouveau vivre leur passion sans embûche et sans restriction, sans modération !

Nous profitons aussi de ces vœux pour vous dire à quel point nous vous sommes reconnaissants de votre générosité et de votre soutien à la seule école taurine du Sud-Ouest, la seule qui ne reçoit d’aides que des aficionados et amis de l’école du Maestro Richard MILIAN.
Cette indépendance a un prix, et les jeunes en ont conscience et redoublent de travail et d’humilité pour déguster chacune des occasions qui leurs sont donnés.

Vos dons nous ont permis de soutenir le Maestro et ses élèves dans la mise en pratique des cours théoriques prodigués tous les mercredis et samedis, tout au long de l’année, que ce soit sous le froid hivernal ou les chaleurs estivales.
Vos dons ont permis aux élèves d’aller se mettre devant du bétail, ce qui leurs manquait énormément suite aux multiples annulations des capéas et tientas que les villages et clubs taurins organisaient en 2019/2020, et qui étaient le seul moment de se mesurer aux vaches et novillos, et surtout à eux-mêmes.

Grâce à vous, les plus avancés comme JB.LUCQ, JUANITO et Andoni VERDEJO ont pu se préparer pour les quelques novilladas auxquelles ils ont pu participer dans les arènes de Istres, Orthez, Tyrosse, Bayonne, et qui se sont soldées par quelques oreilles et triomphes encourageants pour la temporada 2022 qui se profile et s’annonce chargée…

Grâce à vous, nous avons pu faire travailler tous les éleveurs du Sud-Ouest qui ont été durement touchés par les annulations en cascade et qui ont perdu beaucoup.
Modestement et humblement, nous avions à cœur de les inclure dans notre démarche et de leurs rendre, à la hauteur de nos moyens, tout ce qu’ils font d’efforts et de gentillesse pour nous accueillir à chacune de nos visites et mettre du bétail de qualité à la disposition des jeunes apprentis Toreros.

Pour 2022, nous n’allons pas refaire la cagnotte Leetchi qui a été un succès et une belle surprise de voir le monde des Toros s’unir pour une belle cause.
Nous n’allons pas la refaire car nous ne voulons surtout pas abuser, nous sommes gênés de redemander un soutien financier, car nous savons que les temps sont durs pour tout le monde, et demander est toujours une démarche délicate et inconfortable.

Certains d’entre vous nous ont sollicité pour soutenir encore une année de plus ADOUR AFICION CULTURA et ses actions en faveur de nos jeunes espoirs du Sud-Ouest afin qu’ils puissent revenir dans les élevages de nos ganaderos, et nous profitons de ces vœux 2022 pour vous communiquer les renseignements si certains d’entre vous souhaitent refaire un geste:

– Soit en envoyant un courrier à l’adresse: ADOUR AFICION CULTURA – 29 route d’Ossau – 64260 BESCAT

– Soit par virement sur le compte de l’association: (n’hésitez pas à nous envoyer un mail pour la demande des CERFA et réduction des impôts)
Association ADOUR AFICION CULTURA
IBAN: FR76 1690 6000 0887 0405 9553 653
BIC: AGRIFRPP869

A tous ceux d’entre vous qui avaient ou allaient nous soutenir et nous aider à entretenir la flamme et l’Aficion de nos jeunes espoirs Toreros: UN GRAND MERCI !

Que la Joie et le Bonheur inondent vos maisons et vos familles, et au plaisir de vous revoir très vite autours des ruedos

Un Abrazo Fuerte

ADOUR AFICION CULTURA

(communiqué)

Avant Arzacq, Raquel Martin à l’entrainement

On la surnommait « Traîne-savates » … (2)

Inca Virgoarte, Inca San Nicolas en réalité, vient de décéder à l’âge de 60 ans. C’est bien triste car c’était une belle personne qui avait été gagnée par le gusanillo et qui avait un beau brin de plume. Elle a collaboré régulièrement à ce site avec brio ainsi qu’à la revue « Mexico, Aztecas t toros ». Nous la regrettons déjà et nous présentons nos condoléances à sa famille, à ses amis, à son frère et d’une manière générale aux aficionados bitterois qu’elle a rejoint il y a quelques années, car elle était venue s’installer à Béziers. Elle avait trouvé la paix dans cette installation qui devait beaucoup à la tauromachie.

Elle était en rain de composer un texte à notre intention que nous vous présentons avec une grande émotion:

On la surnommait « Traîne-savates » … (2)

Par Inca Virgoarte

Va por usted (2)

Un garçon la regarda, stupéfait. Il héla en catimini ses camarades de droite et de gauche, et d’un coup de menton les enjoignit de porter leur vue sur elle. Les trois copains restèrent immobiles, muets, une expression médusée sur le visage. Traîne-savates continuait à mouvoir sa cape invisible, d’un côté, puis, replacement des bras et des pieds, de l’autre, toute son attention fixée sur le mouvement qu’elle semblait vouloir harmoniser à une supposée énergie qu’elle interpelait par un mot chuchoté « toro… toro… ». Elle donnait l’impression de composer une musique que, seule, son âme pouvait entendre. Les jeunes, tranquillement, s’approchèrent. Elle pressentit leur proximité. Alors, lentement, elle baissa les bras, ses mains se posèrent sur le rebord du banc. Elle replaça ses pieds l’un à côté de l’autre. Elle leva la tête dans leur direction.

Johan, un brun à la stature bien charpentée, peut-être le plus âgé, lui demanda : « Madame, vous savez toréer ? » Elle ne répondit pas. Il répéta sa question un peu plus fort, mais avec beaucoup de respect, supposant qu’elle n’avait pas entendu ou compris. Elle répondit d’une voix qu’elle aurait voulu impersonnelle, mais, quelques hésitations balbutiées trahissaient une émotion très retenue.

« Je… Heu… J’ai… J’ai beaucoup regardé des corridas… Enfin… Il y a longtemps… Heu… J’ai appris… 

  • Vous savez, ça nous plaît comment vous faites les véroniques et les demi-véroniques avec le capote, articula un blondinet, le plus petit par la taille. Nous, on apprend encore, parce qu’on veut devenir toreros, ouais des figuras, des stars !
  • Dites, ça vous dirait de nous montrer un peu comment vous faites ? » ajouta Johan.

Traîne-Savates écarquilla les yeux, surprise par la demande. Elle plongea son regard dans celui du jeune pour sonder la sincérité de la requête, le déplaça sur chacun des adolescents. Elle hocha la tête. Un léger sourire illumina son visage ridé. Elle déplia avec difficulté le haut de son corps, chaque vertèbre prenant le temps de se replacer dans la verticalité. Elle se leva et tendit la main. Immédiatement, Julien, le Blondinet, s’avança, et lui donna son capote. Les traits de son visage empreints de sérieux, elle s’avança en faisant un effort considérable pour ne pas trop traîner ses pieds. Elle avança une jambe, ancra bien fort ses pieds et, sans un mot, se mit à faire voleter la cape. Ses bras s’agitèrent comme deux ailes d’hirondelle planant du sol vers les cieux dans la légèreté de l’air, et sur un ton ferme, elle prononçait des « toro… toro… ». Les trois ados s’empressèrent de l’imiter. Le temps s’écoulait ainsi au rythme des passes lentes et appliquées…

Tout à coup, Traîne-savates jeta la cape, porta une main à son cou, poussa un cri terrible tout en exécutant comme une danse d’indien, et, comme par magie, sautillant d’un pied sur l’autre. Les adolescents ébaubis la regardaient…

« Qu’est-ce qu’il lui prend, elle est givrée ! chuchota Julien.

  • Ouais, elle est cinglée ! Je vous l’ai dit, vous avez pas voulu me croire ! » renchérit entre ses dents le timide Clément.

Bouches entrouvertes, yeux arrondis, ils la virent valdinguer. Un de ses bas glissa sur sa chaussure laissant apparaître un autre bas… Un bas rose brodé d’un épi de blé… Ils réprimèrent une monstre envie de rire. Elle les regarda. En voyant leur tête, elle éclata de rire… Soulagement des garçons qui se joignirent à elle, et purent ainsi s’esclaffer sans retenue. Se ressaisissant, Johan, suivi des deux autres, se précipita pour l’aider à se relever…

« Madame, vous vous êtes fait mal ? demanda-t-il.

  • Heu… Non, non… Merci, c’est gentil… C’est rien… rien… hoqueta-t-elle, – tout en remontant son bas au-dessus du genou, amusée par le ridicule de sa position, et surtout, par la mine intriguée des ados -. Sûrement une abeille qui m’a piquée dans le cou… Je me suis affolée… C’est rien…Ouf !… Je suis un peu fatiguée… Merci les garçons, je vais rentrer… »

Ils l’aidèrent à se mettre debout. « Madame, reprit Joan, nous venons mercredi prochain, vous viendrez nous montrer des passes. » D’un bref hochement de la tête, elle acquiesça. Elle lissa sa robe. Elle quitta le groupe en traînant les savates et s’éloigna. Les garçons la suivirent des yeux.

« Dis, Johan, t’as vu le bas rose, questionna Clément, c’est les bas que mettent les toreros, pourquoi elle a ça ?

  • Che pas…
  • Haha ! C’est peut-être un torero amoureux qu’il lui a offert ! claironna Clément.
  • T’es con, toi, un mec offre pas des bas à sa copine, il lui offre des fleurs, le reprit Julien en haussant les épaules.
  • Eh ben… ou…ou … Comme elle est dingue de corrida, elle l’a piqué !  Rétorqua Clément avec un air malicieux
  • Et pourquoi pas torero ? Ouais…Une femme torero ! se récria Julien.
  • Bon, les gars, laissez tomber, ce qui nous intéresse, c’est son aide, parce qu’elle en connaît un bout du toreo. Vous avez vu son coup de poignet avec le capote. Suis sûr qu’elle a torée et pas qu’un peu », répondit Johan sur un ton d’aîné du groupe.

Ils plièrent leur cape, et tout en discutant, s’en allèrent.

Pendant plusieurs mercredis, ils se retrouvèrent, Traîne-Savates et les trois garçons, pour faire virevolter leurs capes. Un jour, Johan apporta une muleta. Elle la prit, et avant de s’en servir, posa un étrange regard sur le chiffon rouge. Elle ferma les yeux. Clément, en murmurant entre ses dents, ne put s’empêcher de commenter :

« Hé… les gars… elle fait une prière…  Sûr qu’elle a une case en moins…

  • Ferme-la », lui rétorqua, lèvres serrées, Johan.

Elle leva la tête. Elle déploya, lentement, d’un geste royal, le chiffon rouge qui musarda en effleurant la terre avec un temple d’une douceur frissonnante.

« Ouais, ouais, montre-nous encore ! s’exclama Julien, excité.

  • Hum, hum, à vous maintenant. Tiens, toi. »

Elle lui tendit la muleta. « Et toi, Johan, tu fais le taureau, » ajouta-t-elle.

Ils s’exécutèrent. Julien tentait de reproduire l’attitude campée par Josèphe. « Non, non ! arrête ! s’écria-t-elle. Moi, j’ai le dos voûté parce que je suis une vieille femme, mais toi, toi, torero, tu dois te redresser. Qu’est-ce que tu veux, une corrida à 3 000 euros torse plié, ou une à 30 000 euros droit comme un i ? Allez, cambre le bas de ton dos, mets les reins en avant, offre-toi à la bête, tu ne bouges plus, c’est toi qui la domines, ton corps doit le lui dire avec fermeté, sans reculer. Allez, vas-y, essaie… »

Et l’après-midi vit le soleil se coucher sur les volutes de capes et muletas

Une drôle de complicité s’établit entre eux. Une complicité avare de mots, faite seulement de mouvements, de regards échangés, et de conseils distillés par Traîne-Savates…

Leurs visages exprimaient le sérieux de leur entraînement. Les adolescents, attentifs, écoutaient avec une mine très réfléchie tout ce que pouvait commenter Josèphe sur leur attitude. Elle leur apprenait également comment observer un taureau pour comprendre son comportement. Parfois, d’une voix un peu rude, elle les corrigeait, mais ils n’en prenaient pas ombrage car ils avaient compris, peut-être par intuition, que Josèphe s’y entendait en tauromachie. Et pas qu’un peu ! Traîne-savates avait laissé la place à une Josèphe ravie, fière de la considération que lui témoignaient ces jeunes.

Ils la respectaient. En sa présence, ils ne ressentaient pas le besoin de lui poser des questions sur sa vie : qui était-elle ? D’où venait-elle ? Avait-elle été torero ?

Bien sûr, entre eux, au début, ils avaient échangé sur ces questions, et même, imaginé un tas de vies pour elle… Et, ils s’étaient marrés de leurs inventions farfelues : « elle était fille d’un éleveur ruiné ; elle avait été torero, mais, comme c’est une fille, elle n’avait pas pu continuer, et elle était devenue un peu folle ; c’était une gitane… » A ce jeu-là, Clément, le timide, toujours suspicieux de la bonne santé mentale de leur mentor, y excellait. Il avait même conjecturé que c’étaient des aliens qui, lors d’une mission sur la terre, l’y avaient abandonnée ! Tout en riant, Johan et Julien s’écriaient et le suppliaient d’arrêter ses divagations.

A leur cinquième rencontre, les garçons se pointèrent au rendez-vous. Pas de Traîne-savates. Pas de Josèphe. C’était bizarre. Elle était toujours là avant eux. Elle les attendait assise sur son banc. Les minutes s’écoulèrent… Les heures… Toujours pas de Josèphe !

« Zut alors ! Qu’est-ce qu’on fait ? On va voir chez elle ? proposa Julien.

  • M’ouais, m’ouais…marmonna Johan, en pleine réflexion.
  • Si, si ! Les gars, on y va ! Elle est peut-être malade, et, peut-être qu’elle a besoin d’aide.  Elle a été sympa avec nous, on peut pas rester là comme si on s’en foutait ! » s’écria le Clément dont la hardiesse émergente, dévoilait sa sympathie pour Josèphe.

Ils échangèrent des hochements de tête entendus. Dans un même élan, ils se dirigèrent vers l’immeuble où résidait Josèphe. Arrivés devant la porte, ils sonnèrent, toc toquèrent. Pas de réponse. Ils recommencèrent. Un voisin, entendant le raffut qu’ils provoquaient, sortit sur le palier.

« Bonté divine, c’est pas fini ce boucan ! Qu’est-ce que vous voulez ? Et qu’est-ce que vous lui voulez à Josèphe ?

  • Nous la connaissons, on travaille avec elle, – le voisin écarquilla ses yeux au maximum de ses orbites -, elle est pas venue au rendez-vous ! Donc, on vient pour avoir de ses nouvelles, articula posément Johan.
  • Elle travaille avec vous ? Mais, c’est quoi cette histoire ? Bon ! Je veux rien savoir ! Elle a eu un accident, et les pompiers l’ont embarquée à l’hôpital. Allez ! Ouste ! Du balai, allez voir ailleurs ! »

Les trois copains ne se le firent pas dire deux fois. Ils tournèrent les talons, éludèrent l’ascenseur, et dévalèrent les escaliers en criant à tue-tête pour faire la nique au voisin ronchon.

Dehors, ils tinrent un conciliabule. Ils décidèrent de se rendre sur le champ à l’hôpital, capes pliées sous le bras, le dos droit, pas martial… Toreros en herbe…

Ils frappèrent à la porte de la chambre 103. Un « Entrez », bien discret, leur répondit. Ils entrèrent. Avec une allure un peu gauche, ils s’approchèrent du lit. Josèphe, surprise et touchée par cette visite, leur débita son explication :

« Ah ! Salut les gars ! C’est gentil de venir me voir. Je suis désolée de n’avoir pas pu vous rejoindre au parc. J’ai traversé sans trop regarder. Une voiture m’a renversée, elle n’allait pas trop vite, heureusement. Mais moi, avec mes jambes de Pinocchio, j’ai pas pu l’éviter, enfin, c’est pas trop grave, mais la prothèse que j’avais à la hanche s’est pétée. Alors, le billard et le lit… »

Gustave Doré

Johan fit un pas en avant et demanda : « Ah, Maestro, qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? »

Josèphe sentit l’émotion l’étreindre. Elle susurra ce mot « Maestro », plusieurs fois, pour elle-même, comme on susurre des mots d’amour dans l’intimité d’un amour interdit. Elle regarda ces ados qui se tenaient devant elle avec beaucoup de respect, au garde à vous. Les trois mousquetaires au chevet de D’Artagnan… La carapace qu’elle s’était forgée, parfois avec rage contre son destin, parfois avec la combativité de celle qui voulait vivre malgré tout, cette carapace se fissurait. Elle refoula l’émoi qui s’emparait d’elle, se maîtrisa, et répondit : « Rien… Merci quand même… Vous voyez, dit-elle en ouvrant ses bras, ici, j’ai le gîte et le couvert. Ma famille a été prévenue et mon frère va venir… Et vous, hein, vous allez continuer à vous entraîner. Pour devenir torero, il en faut… il en faut des sacrifices. » Sa voix se noua sous la pression d’un sanglot prêt à exploser.

Trois mois s’écoulèrent. Josèphe avait regagné son domicile pour sa convalescence, et, avec l’aide d’une canne, elle avait repris la direction du parc pour la supervision des entraînements, à la grande joie des ados. Ces derniers étaient excités. La féria allait bientôt avoir lieu. La ville commençait à s’agiter. Quatre jours de fêtes, de musiques, de danses… Les restaurants et les bars s’activaient pour entreposer boissons et denrées, surtout ne pas manquer de marchandises. Dans les arènes, les allers et venues étaient incessants. La billetterie était ouverte et les clients affluaient.

Ils demandèrent à Josèphe si elle allait aux corridas. Elle hocha faiblement la tête, peut-être, à une ou deux… Ils décidèrent d’un commun accord d’arrêter les entraînements. L’été était bientôt là, et les emmenait les uns et les autres, en vacances, dans des lieux différents.

Avant de se séparer, les ados souhaitaient remercier Josèphe. A leur dernier rendez-vous, Johan lui tendit une enveloppe. Elle la décacheta. Elle en sortit deux billets pour la corrida du samedi et du dimanche. Deux billets en barrera… Silencieuse, elle restait silencieuse, les yeux posés sur les deux bouts de papier. Clément s’enhardit et lui demanda : 

« Josèphe, ça vous plaît pas ? 

  • Oh ! si, si, s’empressa-t-elle de répondre, mais il ne fallait pas, c’est trop cher !
  • Vous inquiétez pas, ajouta Johan, mon père travaille aux arènes et il me les a donnés pour vous.
  • Merci les garçons, c’est un très beau cadeau, merci. Alors, on se reverra là-bas… »

Samedi, les arènes étaient pleines à craquer. Les trois ados étaient dans le callejón, à côté du père de Johan. Ils cherchèrent du regard la place réservée à Josèphe. Elle était là, juste derrière eux. Elle leur fit un petit signe de la main. Ils lui sourirent, enchantés de la voir, et en même temps stupéfaits par le changement de son apparence. Elle avait coupé ses cheveux, mit une chemise blanche et un pantalon noir. Ses beaux yeux verts éclairaient son visage. Elle était belle… d’une beauté étrange qui appelait le mystère de la Madone ou d’Apollon.

Les clarines sonnèrent le début de la corrida. Le célèbre matador Emilio López, chef de la lidia, entra en piste. Parvenu au troisième tercio, et avant de commencer sa faena, il se dirigea vers eux. A leur grande surprise, il interpela Josèphe. Les ados, étonnés, retenaient leur souffle. Montera à la main dirigée vers elle, le torero d’une voix ferme déclama son brindis :

« Maestro ! Maestro José ! Votre toreo a été un exemple pour moi. Je vous dédie ce toro pour votre talent, et aussi pour le courage immense dont vous avez fait preuve, en affrontant, et en acceptant votre être le plus profond. Vous êtes un exemple de bravoure et de sincérité pour nous tous. Maestro, je vous exprime mon respect le plus grand et mon affection. ¡VA POR USTED ! »

Le torero se retourna et lui lança la montera. Elle l’attrapa et la serra bien fort sur son cœur. Le public se leva. Un tonnerre d’applaudissements s’en suivit, et emplit le Colysée. Émue, Josèphe, aidée de sa canne, se souleva à demi, et, brandissant la montera, remercia. Les jeunes étaient troublés. Ils ne comprenaient rien à la scène à laquelle ils venaient d’assister. Johan se tourna vers son père et l’interrogea du regard. Celui-ci se pencha et leur chuchota l’histoire de ce matador de toros, José Noblés, qui avait marqué toute une génération de toreros, par son toreo classique et d’une élégance précieuse. Il était à son apogée lorsqu’il reçut une très grave cornade qui l’amena aux portes de la mort. Ne pouvant plus toréer à cause de séquelles graves, il décida, à la surprise générale, de devenir ce qu’il avait senti être, depuis toujours, au plus profond de lui-même : une femme.

« Oui, les garçons, c’est Josèphe. Vous avez eu l’honneur de vous entraîner avec un très grand torero. »

Clément intervint : « Ah ! je vous l’avais bien dit qu’elle était bizarre !

  • Ferme-la ! lui répondirent en cœur Johan et Julien, pour nous, ça ne change rien, c’est notre Maestro ! 
  • Bon, OK, pour moi aussi ! » s’exclama-t-il. Il marmonna pour lui-même : « Mais… quand même bizarre, c’est quand même bizarre ! »

Johan leur fit un signe de la tête. Ensemble, ils se retournèrent vers Josèphe et lui adressèrent avec enthousiasme un pouce levé !

Inca Virgo Arte

Saint Martin de Crau: tarifs et réservation

Peut être une image de texte qui dit ’Informations pratiques TARIFS CORRIDAS Entrée principale 65€ 60 55 55€ Présidence Rang Rang 2 Rang 3 Rang 4 Rang 5 Rang 6 Rang Rang 8 Rang9 Rang 10 Rang 11 Rang 12 50 Tribune 40 35 30 Tribune Jeunes de 20 ans: sur justificatif PMR et accompagnant: TARIF NOVILLADA sans PICADOR Entrée générale 12 ans Arrastre Pack Feria Novillada Repas Corrida (rangs À réserver 25 mars Feria di pichoun: ticket, enfants de moins tenue)- LOCATIONS: À partir du lundi 14 mars par téléphone au samedi de par (goûter mars de 15h des arènes ou par téléphone 9h guichet 84’

On la surnommait « Traîne-savates » … (1)


Inca Virgoarte
, Inca San Nicolas en réalité, vient de décéder à l’âge de 60 ans. C’est bien triste car c’était une belle personne qui avait été gagnée par le gusanillo et qui avait un beau brin de plume. Elle a collaboré régulièrement à ce site avec brio ainsi qu’à la revue « Mexico, Aztecas t toros ». Nous la regrettons déjà et nous présentons nos condoléances à sa famille, à ses amis, à son frère et d’une manière générale aux aficionados bitterois qu’elle a rejoint il y a quelques années, car elle était venue s’installer à Béziers. Elle avait trouvé la paix dans cette installation qui devait beaucoup à la tauromachie.

Elle était en rain de composer un texte à notre intention que nous vous présentons avec une grande émotion:

Par Inca Virgoarte

« VA POR USTED« 

On la surnommait « Traîne-savates » …

C’était une vieille femme. De taille moyenne, mais elle paraissait plus petite en raison de son dos voûté. Elle faisait penser à une équerre qui avait du mal à former son angle droit malgré sa tête poussive vers l’avant, à chaque pas. Ses cheveux blancs, un peu jaunis, étaient tirés en un chignon dont quelques mèches folles s’échappaient. Son bras gauche était plié sur son dos, et le droit lui servait de balancier. Elle aurait pu ressembler à un patineur de vitesse, si ce n’était ses pieds traînassant sur le sol, l’empêchant d’aller à une allure plus rapide. On l’entendait arriver. Une sorte de rythme sur deux temps annonçait sa venue aussi lente que celle d’un escargot. Ses savates en adhésion à la terre diffusaient un son mat, éraillé… Traîne-savates… C’était Traîne-savates…

Les gamins la dépassaient en courant et en scandant son sobriquet avec une voix étirée comme un chewingum. Les plus téméraires, arrivés à sa hauteur, osaient la pousser du bout des doigts. Alors, cette silhouette d’un autre temps réagissait comme un roseau soufflé par une rafale de vent. Elle s’arrêtait pour ne pas perdre son ancrage au sol. Elle maîtrisait, par une respiration venue de ses jambes, tout le haut de son corps qui vacillait. Elle soufflait, ne disait mot, et reprenait sa pérégrination…

Les adultes, eux, quand ils la croisaient, la saluaient très cordialement d’un « Bonjour, Josèphe ! ». Mais, en dehors de sa présence, c’était Traîne-savates. Toujours Traîne-savates…

Dans le quartier des Jardins de La Fontaine de cette ville du Sud, plus personne ne se préoccupait de savoir qui était Traîne-savates, ni d’où elle venait. Elle était arrivée comme une graine apportée par le vent. Elle vivait depuis longtemps, en alternance, à la ville, dans un petit studio au quatrième étage, avec ascenseur, pour le plus grand bien de ses jambes, et à la campagne, dans un mazet. Ce dernier était constitué d’une ravissante maison aux murs blanchis à la chaux. Une coursive extérieure pourvoyait un peu de fraîcheur. Un magnifique bougainvillier énamouré d’un pilier, s’épanouissait généreusement, et embaumait l’air et le cœur d’une « Traîne-savates » encline à la contemplation du paysage environnant. Derrière la maison, se trouvait son autosubsistance carnée et végétale, dont la croissance et surtout l’abondance étaient supervisées par un chef d’orchestre emplumé d’orgueil. Son chant strident du matin la poussait à se lever. Ses va-et-vient entre la ville et la campagne étaient irréguliers. Ce que les voisins avaient observé, c’est que, lorsqu’elle investissait le studio, elle se rendait souvent à l’hôpital, au volant de sa Renault 5 rouge.

A la ville, certains après-midi, elle s’asseyait sur un banc des jardins de La Fontaine, le corps comme une virgule au repos, le regard fixant la terre. Les yeux étaient ouverts et paraissaient projeter ses pensées, peut-être des souvenirs, sur la surface minérale. De temps à autre, interpelée par une réalité environnante, elle levait la tête et cherchait d’où provenaient les bruits ou les cris. Et là, son regard vif, direct, d’un éclat saisissant vous accrochait. Verts, ses yeux étaient verts comme l’eau profonde d’une rivière de montagne, et en leur centre, une pupille grosse comme une perle noire. Ce regard ressemblait à une aventure. Il vous absorbait.

Un de ces après-midis, abandonnée à la chaleur des rayons du soleil, elle entendit arriver un groupe sonore à la tonalité juvénile. Elle leva la tête. C’étaient trois adolescents à bicyclette. Ils posèrent leur vélo par terre, prirent, chacun, un carré de tissu coloré assez volumineux qui était ficelé sur leur porte-bagage. Tout en cherchant un endroit où se mettre, ils se bousculaient, riaient, se taquinaient… Ils s’arrêtèrent à l’endroit où le chemin s’élargissait et formait un espace dégagé, pas très loin d’où elle se trouvait. Ils s’écartèrent l’un de l’autre, et déployèrent leur cape rose-fuchsia et jaune d’or. La tête légèrement inclinée, elle les observa discrètement.

Les ados avaient fait silence, absorbés par le maniement de leur cape. Ils laissaient cette dernière s’exprimer pour eux en éraflant la terre. Les bruissements du tissu tournoyant lentement d’un côté, puis de l’autre, différenciaient la mélodie de chacun. Traîne-savates, hypnotisée par ces corolles dansantes, sentit son corps frémir, s’étirer d’un éveil paresseux. Elle glissa son corps vers l’avant du banc. Ses bras commencèrent à bouger, à s’allonger. Un bras plié un peu en dessous de la taille, l’autre, coude à hauteur des épaules, poignets fermés, comme si elle tenait une cape. Elle entama une drôle de danse faite de demi-cercles d’un côté, puis de l’autre, ses pieds bien à plat et écartés, semblables aux branches d’un compas ouvert. Elle mimait la gestuelle des jeunes. Enfin, pas tout à fait… Son geste, à elle, était empreint d’une lenteur, d’une douceur caressante. Le buste docile suivait le déplacement de ses bras. Menton rentré. Sur ses lèvres, un sourire fragile. Seule au monde, dans son monde…

Un garçon la regarda, stupéfait. Il héla en catimini ses camarades de droite et de gauche, et d’un coup de menton les enjoignit de porter leur vue sur elle. Les trois copains restèrent immobiles, muets, une expression médusée sur le visage. Traîne-savates continuait à mouvoir sa cape invisible, d’un côté, puis, replacement des bras et des pieds, de l’autre, toute son attention fixée sur le mouvement qu’elle semblait vouloir harmoniser à une supposée énergie qu’elle interpelait par un mot chuchoté « toro… toro… ». Elle donnait l’impression de composer une musique que, seule, son âme pouvait entendre. Les jeunes, tranquillement, s’approchèrent. Elle pressentit leur proximité. Alors, lentement, elle baissa les bras, ses mains se posèrent sur le rebord du banc. Elle replaça ses pieds l’un à côté de l’autre. Elle leva la tête dans leur direction.

Johan, un brun à la stature bien charpentée, peut-être le plus âgé, lui demanda : « Madame, vous savez toréer ? » Elle ne répondit pas. Il répéta sa question un peu plus fort, mais avec beaucoup de respect, supposant qu’elle n’avait pas entendu ou compris. Elle répondit d’une voix qu’elle aurait voulu impersonnelle, mais, quelques hésitations balbutiées trahissaient une émotion très retenue.

« Je… Heu… J’ai… J’ai beaucoup regardé des corridas… Enfin… Il y a longtemps… Heu… J’ai appris… 

  • Vous savez, ça nous plaît comment vous faites les véroniques et les demi-véroniques avec le capote, articula un blondinet, le plus petit par la taille. Nous, on apprend encore, parce qu’on veut devenir toreros, ouais des figuras, des stars !
  • Dites, ça vous dirait de nous montrer un peu comment vous faites ? » ajouta Johan.

Traîne-Savates écarquilla les yeux, surprise par la demande. Elle plongea son regard dans celui du jeune pour sonder la sincérité de la requête, le déplaça sur chacun des adolescents. Elle hocha la tête. Un léger sourire illumina son visage ridé. Elle déplia avec difficulté le haut de son corps, chaque vertèbre prenant le temps de se replacer dans la verticalité. Elle se leva et tendit la main. Immédiatement, Julien, le Blondinet, s’avança, et lui donna son capote. Les traits de son visage empreints de sérieux, elle s’avança en faisant un effort considérable pour ne pas trop traîner ses pieds. Elle avança une jambe, ancra bien fort ses pieds et, sans un mot, se mit à faire voleter la cape. Ses bras s’agitèrent comme deux ailes d’hirondelle planant du sol vers les cieux dans la légèreté de l’air, et sur un ton ferme, elle prononçait des « toro… toro… ». Les trois ados s’empressèrent de l’imiter. Le temps s’écoulait ainsi au rythme des passes lentes et appliquées…

La suite demain

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