Gloire du tremendisme, Litri fut dans les années cinquante une figure très populaire du toreo, en France notamment. Il forma avec Julio Aparicio un duo novillero qui eut un succès retentissant, à Barcelone notamment qui vécut avec passion cet affrontement répété régulièrement et géré par le génial apoderado Camara. Ce furent les années dorées de l’aficion catalane avec, plus tard, la venue de Chamaco.

Il était le fils du maestro  Miguel Báez Quintero «Litri», frère du torero Manuel Báez -mort d’une cornada en 1926- qui se maria le samedi suivant une blessure mortelle à Malaga. En raison de la gravité de sa blessure, le jeune homme de 22 ans, ne put assister à la cérémonie qui eut lieu juste avant sa mort. Elément le plus brillant d’une grande dynastie -son grand-père fut aussi matador-, il fut l’icone respectée de la ville de Huelva située à l’ouest du Guadalquivir ; région taurine s’il en est. Son père sur son lit de mort avait fait jurer à ses proches de le tenir éloigné des ruedos.

En 1949 il va toréer jusqu’à 115 novilladas ; chiffre invraisemblable aujourd’hui. Il prit son alternative à Valence de mains de Cagancho en présence de Julio Aparicio. C’était le 12 octobre 1950. Il triompha partout et remplit de nombreuses arènes puis il annonça sa retraite à plusieurs reprises. Ce furent alors une série de retours épisodiques. Le  premier se fit en 1967. Sa dernière apparition se fit à Nîmes en 1987 où il donna l’alternative à son fils Miguel en compagnie de Paco Camino qui la donna lui aussi à son fils, Rafael. Ce fut une initiative géniale de Simon Casas qui restera dans annales de la tauromachie et de la cité des Consuls.

Incarnation du tremendisme, monstre de courage, figure très populaire (un film lui fut consacré), simple et cordiale, Litri fut l’inventeur du « litrazo ». Cette suerte s’exécute avec  la muleta que l’on tient repliée avant de la déplier sous le mufle du toro, au moment ultime. Elle s’effectue de face, les pieds joints. C’est la signature ultime de ce grand torero aimé de tous. Décédé à Madrid il sera enterré vendredi à Huelva.

A sa famille, à Miguel à toute l’aficion onubensa, nos condoléances les plus sincères. A Miguel particulièrement si sympathique et qui par un hasard dramatique vient de se remarier vendredi dernier; une cérémonie à laquelle son père n’avait pas pu se rendre en raison de son état de santé.

Pierre Vidal