Retour de la feria d’Istres, un curieux mélange, le temps se prêtait à toutes les tauromachies, chaleur, soleil, et qu’en restera t il dans nos( mon) souvenirs ? quelques moments forts, très forts comme toujours en tauromachie , le médiocre ou le nul ou le navrant s’effacent très vite.  On oubliera les imbécilités des présidents, on n’en voudra pas aux amis d’Olsina qui passait son alternative et a triomphé sans gloire, aux toros de Ferney, pour ne garder au fond des yeux , profondément dans notre cœur d’aficionado que les deux  faenas du fantastique Javier Cortes, son bonheur partagé, on se rapprochait par instant non du plaisir , non de l’admiration, mais au sens bernanosien de la joie.

Javier Cortes nous a rendus heureux, et nous lui devons donc une reconnaissance qui ne saurait se limiter à quelques applaudissements ni a une ou deux ou trois oreilles coupées de haute lutte !

Passons à l’essentiel, au final, au grand moment, à ce que les pisse vinaigre ne sauront jamais voir, ce que les snobs sans vraie culture jugeront facile, exotique, parce que cela échappe à leur catéchisme ennuyeux, à leurs dogmes appris d’on ne sait quel philosophe , venons en  à la corrida charra d’Istres à laquelle nous ne sentons pas tout à fait étranger.

Qui est allé au Mexique et a connu la feria d’Aguascalientes ne peut pas avoir été insensible à cette… je n’aime pas le mot ambiance… à cette frénésie méso américaine, à la présence de la plus hétérodoxe des figuras espagnoles Antonio Ferrera, à celle du plus enthousiaste des matadors mexicains, Leo Valadez, et … cherchez l’intrus, au plus talentueux des jeunes matadors du moment, mais ici  à contre-emploi, Tomas Rufo.

Voyez donc ce qui se passa : Six toros de Victoriano del Rio et toros de Cortes, forts, solides, bien présentés, le fondement de toute corrida , des Toros -toros. Braves et nobles, Ferrera, plus de quarante balais , ne l’oublions pas , toréa comme un jeune homme, conduisit la lidia sans faiblir, le toro allait vite il suivit le rythme, le temple était d’une autre monde, il fallait voir les retournements de son premier… Il tua bien, le toro était noble : deux oreilles d’entrée, la vuelta au toro… Noblesse oblige il fallait que le reste suive !

Photo F. Combes

Et Leo Valadez l’a fait !

Il a totalement investi le ruedo en donnant toutes les options à son toro, le reprenant en fin de chaque série par des trincheras ou des pechos superbes.

Deux oreilles amplement méritées.

Tomas Rufo , qui revenait de Grenade où il avait triomphé la vielle semblait  décalé », pâle et malhabile comme un cousin de province chez  des aristocrates, timide et froid comme un castillan. On ne lui en a pas voulu, ce n’était pas sa place. Il manquait un deuxième méxicain, un Adame, un Sergio Flores, mais bon, revenons à Leo, le petit Léo devenu grand, mûr, solide qui allait avoir Le Toro de la tarde, une merveille de toro que certains aux trois quarts de la faena ont commencé à vouloir indulter. Mais non, nous fumes sages et le rite se déroula jusqu’à son terme obligé.

Quand, ayant commencé sa faena à genoux et voulant la terminer de même, sous les olé du public  Leo Valadez fit signe à la musique de jouer, il sa passa un merveilleux moment : la fanfare Chicuelo commença, le maestro fit signe que ce n’était pas cela qu’ il demandait mais bien la « Musica de la Tierra » Viva Aguascalientes, qu’aussitôt lança la belle troupe de mariachis !

Leo triompha, Leo fut énorme, Leo salua, tous les trophées en mains, oreilles queue et bonheur total, aux côtés du ganadero Victoriano fils.

Pardonnez-moi je ne résiste pas : Partibus factis, sic locutus est Leo : veni, vidi, vici !

Merci à Bernard Marsella de ne pas ressembler à toutes les empresas taurines.

Viva Istres et Viva Mexico !

Jean François Nevière

https://feria.tv/video/4143/corrida-charra-distres-puerta-grande-de-leo-valadez-et-ferrera/