Castelnau-Rivière-Basse, dimanche. Novillada sans picador du 20ème anniversaire. Environ 2/3 d’arène. Orage, vent et pluie à partir du premier toro.

Six erales du Lartet

Jean Larroquette, « Juanito » palmas et silence après avis.

Antonio Morilla : un avis et silence et une oreille après avis.

Manuel Roman : une oreille et silence après avis.

Il y a vingt ans (sans compter les années de Covid)  le regretté François Fortassain, président du conseil Général des Hautes-Pyrénées et grand aficionado, réunissait autour de lui l’éleveur Paul Bonnet et le président du club taurin local Michel Raymond pour lancer l’aventure de la tauromachie espagnole dans ce petit village de 500 âmes. 20 ans d’efforts acharnés et de sacrifices… Cette année la course fut particulièrement difficile à monter en raison de la pénurie de services médicaux. La petite équipe organisatrice s’est sentie bien seule dans cette recherche. Tous les problèmes résolus c’est un brutal changement de temps qui menaçait de mettre tout par terre juste après le paseo. Heureusement dans les bourrasques, les six novillos ont pu passer ce qui a ôté une forte frustration. Mais combien de temps ces petites équipes de bénévoles ruraux dévoués à leur commune et à la tauromachie tiendront-elles le coup ? Peu sans aucun doute si on ne vient pas les appuyer…

Sérieux les novillos de Paul et Jérôme Bonnet, armés pointus et intimidants. Ils avaient le moral, du moteur ne s’en laissaient pas compter ; allant dans l’ensemble à màs dans des charges quelque peu désordonnées et âpres. Il fallait les consentir pour arriver à canaliser leur force brutale. Dans le contexte météorologique ce n’était pas évident pour les jeunes impétrants encore bien verts pour cette confrontation.

Juanito a passé une rude après-midi. Il s’en est vu des pierres face à ses deux adversaires ne réussissant jamais à trouver la bonne distance et se laissant déborder parfois. Il eut un bon moment à la cape à son second passage où on le retrouva serein et élégant, comme on l’aime. Pas de réussite non plus à l’épée.

Antonio Morilla faisait ses débuts en France. Le jeune torero de Moron de la Frontera a du trouver que le déplacement n’était pas une partie de plaisir. Après avoir connu des déboires au premier passage, il fit preuve de plus fermeté par la suite, démontrant qu’il avait sa place dans ce cartel. Un estoconazo sin puntilla, porté avec sincérité, la seule bonne épée de tarde, lui permit de couper un trophée mérité.

Bien qu’il n’ait pas démérité, Manuel Roman parut moins à l’aise que lors de ses précédentes sorties. Le vainqueur de Bougue eut les attitudes les plus toreras de la tarde. Il resta néanmoins prudent de bout en bout toréant plus avec la pointe de la muleta qu’avec la panse comme il se doit. Il faut relier cette attitude défensive au sérieux de l’opposition et aussi aux bourrasques violentes et inattendues limitant les prises de risques. Défaillance totale à l’épée ce qui est gênant pour un jeune homme qui veut jouer les premiers rôles.

Belle initiative du club de Castelnau que cette novillada « flamenca », une première, qui malgré ces frimas inattendus, nous transportaient sur les bords de la baie de Cadiz avec Antonio au cante, Manolo à la guitare et Raul au cajon. Ils avaient fait le déplacement du Puerto de Santa Maria pour l’occasion: olé Castelnau!

Pierre Vidal

Photos Antoine Torres