Eauze. Soleil et chaleur, petite entrée, deux heurs quarante-cinq de spectacle. Sept toros d’Antonio Bañuelos, le cinquième remplacé sur blessure. Tous une pique prise honnêtement sans bravoure débordante.

Alberto Lamelas (blanc et or), au premier, une entière, une demi-lame, deux descabellos, avis, silence; au quatrième, une entière, une oreille.

Adrien Salenc (rouge et or), au deuxième, une entière, avis, silence ; au cinquième, une entière, avis, oreille.

Dorian Canton (brun foncé et or) au troisième, une entière, salut ; au dernier, une entière, une oreille

Après deux ans d’absence, crise sanitaire oblige, le retour de la tauromachie à Eauze n’a pas été la grande fête que l’on espérait. La faute aux toros d’Antonio Bañuelos, surtout les deux premiers d’une trop grande faiblesse même si le lot était d’une présentation agréable et très acceptable. La Covid était toujours aux portes du corral puisque le matin même, dans son hôtel à Condom, Antonio Ferrera et toute sa cuadrilla étaient testés positifs et aussitôt mis à l’isolement. Un certificat médical informait l’organisation du forfait du torero espagnol. Très rapidement, Dorian Canton, le Béarnais acceptait de le remplacer.

Certes on se doutait qu’Alberto Lamelas, habitué à tuer des corridas difficiles, ne serait pas pour autant particulièrement à l’aise avec les Bañuelos. Passons rapidement sur le premier, chutant régulièrement tous les quatre ou cinq passes pour ne retenir qu’un moment arraché à gauche avec beaucoup de lenteur, une caméra au ralenti, mais peut-être un peu trop. Par contre avec « Apuntado » il ouvrit le tercio de cape par trois « largas afaroladas » à genoux, suivi de somptueuses véroniques soulignées par des applaudissements sortis des tripes. Il était face aux plus belles et plus dangereuses armures du lot. Il commença une danse devant ces cornes d’enfer, et retrouva son style de lutteur. Mais il paya cette audace d’une « voltereta » et d’un petit coup de corne au bas de la fesse gauche. Cela ne l’empêcha pas de signer une estocade prodigieuse… Ce fut la première oreille de la course.

Adrien Salenc bouffé par ses envies de triomphe, fut obligé de jouer à l’infirmier, toréant avec douceur vers le haut pour économiser son adversaire. Il fut l’auteur de quelque séries sur un rythme par moment trop lent pour provoquer la moindre émotion. Mais il allait merveilleusement se rattraper, avec « Nervioso » remplaçant un toro assommé sur un burladero. Brindé à Michel Gabas, maire de la ville, le début de sa faena fut partuculièrement brillant, ponctué de trois muletazos à genoux, la gauche déclencha rapidemtn la musique, puis ce fut une série de ronds complets. Du bel art terminé sur une grande épée. Une oreille.

Dorian Canton, contrairement à Aire et à La Brède est apparu un peu crispé. Il comprit rapidement son premier toro en lui donnant de la distance et l’embarquant sur des séries de quatre ou cinq passes sur les deux mains. Une estocade parfaite. L’ensemble valait peut-être plus qu’un salut. Lui aussi aurait son oreille, voulue bruyamment par le public. Malgré une muleta très basse, sa faena manqua de brillant mais fut riche de milliers de moment merveilleux, naturelles, changements de main, trinchera… Pour cela il ne faut pas regretter ce trophée.

Dommage ce début de corrida qui a handicapé la suite de la course.

Jean-Michel Dussol