Mont-de-Marsan. Vendredi. Troisième corrida de feria, arènes combles, ciel couvert température agréable, deux heures trente de spectacle.

Six toros des fils de Celestino Cuadri, très bien présentés, lourds et bien armés. Tous, deux piques prises avec une relative bravoure.

Rafael Rubio Lujan Rafaelillo (bleu roi et or), au premier, trois pinchazos et deux descabellos, salut ; au quatrième, une entière, une oreille et deux vueltas.

Octavio Chacon (blanc et or), au deuxième, une entière et trois descabellos, silence ; au cinquième, une entière, trois descabellos, avis, silence.

Damian Castaño (rouge et azabache), au troisième, quatre pinchazos, un demi-lame, trois descabellos, silence ; au dernier, un pinchazo, une entière avis, silence.

Et vinrent Rafael Rubio, Rafaelillo et « Cobrador »… L’ennui s’arrêtait avec ce quatrième toro… Car si les toros des fils de Célestino Cuadri étaient parfait de présentation, parfaitement inscrits dans la lignée de l’élevage, mais au comportement, est-ce l’âge, tous des cinq ans et plus ou un problème de sélection, mais un seul véritablement mobile, ce « Cobrador » qui sortit en quatrième position. La rencontre avec Rafaelillo fut détonante… et il fallait bien cela pour en finir avec l’ennui qui tenaillait toute l’arène apparu peu après les quelques pas du toro d’ouverture

Un vrai bonheur et une grande et belle émotion que de voir toréer Valentin Rubio Lujan Rafaelillo grand maître des combats héroïques. Et ce fut une geste à l’ancienne… Dès la cape l’animal avait affirmé sa violence et les passes basses de Rafaelillo permirent de le réduire… Il était préparé pour une faena qui commença dans l’agression. Un premier cite à une dizaine de mètres pour embarquer l’animal dans une première ronde à droite, avant de tenter avec succès l’autre main. La musique se mit à sonner. La corrida était lancée avec ce quatrième toro. Il était temps et ce fut une résurrection pour Madeleine. Rafaelillo en ajouta en venant au ras des cornes pour contraindre plus encore son adversaire. Toujours les pieds rivés au sol travaillant sur un tout petit terrain l’enfant de Murcie ne se laissait pas impressionner. Ce furent des minutes d’intense émotion, de peur, mais aussi de beauté. L’épée surgit avec la violence d’un éclair… Et tout aurait pu sombrer dans la colère à la suite de l’incompréhension entre la présidence, les alguacils et les peones lors de l’attribution de l’oreille. Il est vrai que Bernard Sicet avait sorti son mouchoir de manière peu conventionnelle, le hissant au dessus de la présidence avec sa main et le laissant pendre à peine quelques secondes. Tout le monde devait attendre de le voir sur le balcon de la présidence. Mais tout rentra dans l’ordre et Rafaelillo s’octroya deux vueltas largement méritées.

Ce fut le grand moment, mais quel moment, de cette course qui avait commencé dans l’ennui avec trois toros de Cuadri aussi mobiles que des blocs de marbre. Rien à dire !

Avec le cinquième, Octavio Chacon nous fit rêver quelque minutes. Il s’était inscrit dans le style de Rafaelillo mais a fait trop durer sa faena et comme son toro allait a menos, il perdit tout le bénéfice d’un intéressant début de faena.

Damian Castaño aura été le grand perdant de cette journée, premier adversaire immobile et blessé au sabot avant gauche. Avec le dernier il tomba sur un demi-invalide du train avant qui réduisit rapidement sa charge. Mais Rafaelillo avait tout dit. La Madeleine peut se poursuivre sereinement.

Jean-Michel Dussol