Orthez, dimanche soir, corrida du 50ème anniversaire des arènes du Pesqué. ¾ d’arène. Chaleur saharienne.

Trois toros de Monteviejo 1,2 et 5ème applaudis à l’arrastre et trois de Dolorés Aguirre le sixième, « carafea » n° 23, vuelta al ruedo.

Octavio Chacon : oreille et ovation

Sergio Florés : ovation et vuelta al ruedo

Francisco Montero qui prenait l’alternative : saluts et oreille.

Montero pris aux banderilles est passé à l’infirmerie puis il est revenu pour tuer le dernier toro.

Le toro d’alternative s’appelait « Cedron » il appartenait à l’élevage de Montealto, n°31, de 565 kilos.

Les mayorals des deux élevages ont salué à la fin de la corrida.

Le prix au meilleur picador est allé à Gabin Rehabi monté sur « UDA »

Le prix du meilleur geste taurin à Sergio Flores

Le prix de la meilleure estocade à Francisco Montero.

Le Pesqué a pour ses cinquante ans vécu une tarde qui restera dans les annales. On peut dire que la réussite est totale : présentation, engagement des toreros et émotion du public -à vrai dire l’essentiel.

Les six toros étaient donc impeccablement présentés dans des styles très différents. Les Monteviejo, berrendos, ramassés, cornivueltos et bas de châssis, les Dolorés Aguirre hauts, armés pointus, imposants de trapio. Les premiers auront surpris les spécialistes car ce deuxième fer de Victorino (présent dans les tribunes) pourrait concurrencer le premier : beaucoup de classe dans la charge, du temple, une grande capacité à humilier et en même temps exigeants car ne pardonnant rien. Le meilleur le cinquième, un grand toro. Les Dolorés Aguirre: brillants à la pique ; le quatrième vite arrêté dans la muleta, le sixième qui fit la vuelta : un tigre…

On a retrouvé Antonio Chacon que l’on disait en difficulté et qui visiblement se plaît dans ces arènes du Pesqué. Sa prestation a été marquée par le sérieux, l’officio et la capacité de résoudre les problèmes. Il coupa une première oreille après une faena où il profita de la charge loyale de son adversaire (Monteviejo). Une entière au second voyage. Il ne put rien face à son adversaire de Dolorés vite arrêté après avoir subi un sévère tiers de piques. Il eut le bon goût de ne pas insister et de l’occire d’une entière. Il fut par ailleurs un chef de lidia impeccable, attentif, serein et prêt à toutes les éventualités.

Grande prestation du torero mexicain Sergio Flores qui fit une démonstration de toreo remarquable face au toro de Monteviejo (5ème). Ce fut le meilleur d’une tarde pourtant riche en événements. Nous vîmes alors l’excellence du toreo mexicain : la lenteur, la fluidité, la profondeur et une certaine lascivité, un abandon total dans ces séries légères mais en réalité autoritaires imposées à l’animal. Il y avait là une sorte de perfection d’autant plus rare qu’elle s’exerçait sur un animal de respect. Une entière suivie d’une succession de descabellos empêchèrent une récompense espérée mais la vuelta fut enthousiaste. Sergio avait montré son officio face au dur Aguirre qui lui échut.

Enfin, Montero, l’impétrant fut égal à sa réputation : animé d’une soif de succès admirable qui tint le public en haleine après un premier passage, face au Montealto, un peu terne. Il se jeta donc corps et âme dans la guerre face à l’imposant Aguirre clôturant le cycle. Avec un culot monstre il le passa avec brio à la cape et tenta les banderilles. C’est alors qu’il se fit saisir par l’animal et suspendu par les cornes, jeté à terre, il fut repris par le toro. Instants dramatiques. Forte émotion. Attente angoissée. Montero revint après de longues minutes, le costume déchiré, des gestes de douleurs. Il profita de la charge spectaculaire du toro pour administrer trois séries supportant l’agressivité brutale de l’animal et la douleur qui le taraudait. Tant de courage bouleversa les spectateurs. Une entière au troisième essai et une oreille unanimement demandée.

Grand moment donc que cette corrida qui aura donné beaucoup d’émotions, justifiant ainsi la beauté de ce spectacle unique bêtement menacé par des ignorants. Félicitations à Nicolas Pétriat et à toute son équipe de la commission taurine.

Pierre Vidal

Le point de vue de Jean François Nevière (président de Mexico Aztecas y Toros); reçu ce lundi matin.

ORTHEZ : Des Toros et des hommes.

D’abord ce fut le matin, une novillada très animée, quatre novillos de Miura dont un très laid , le premier, sorte de grotesque mi âne mi toro, hocheur de tête, vilain à souhait  . Ensuite trois novillos dont Carballo tira partie au point que sans pétition aucune la présidence lui octroya assez justement une oreille du second et , après pétition majoritaire ou presque, les deux oreilles du dernier pour Solalito qui a la planta torera et une allure incontestable pour envisager une carrière de torero .

L’après midi , tarde de tous les dangers :deux élevages durs de durs, Monteviejo ( 2éme fer de Victorino Martin) et Dolorés Aguirre redoutables et redoutés. N’y allons pas par quatre chemins , cette tarde d’Orthez est à garder dans nos souvenirs comme un trésor, d’équilibre, de courage, d’émotion et de toros toros parfaitement toréables, et à ce titre, je veux bien me déclarer torista ! Même les redoutables et justement redoutés Dolorès Aguirre ont « permis », vendant cher leur peau et risquant de prendre la vie de l’impétrant et désormais matador Francisco Montero.

Octavio Chacon a été un bon chef de lidia, un peu « en dedans »,  et Sergio Florès a été sans conteste l’homme du jour, sa vuelta triomphale à son deuxième toro, le Monteviejo, valait toutes les oreilles.  Leçon de sitio immédiatement perçu par le matador mexicain, compas ouvert,pivotant sur un pied, sans bouger d’un poil avec face à lui un animal qui ne cessait de charger.

Sergio Flores a gagné en maturité et poder, muleta autoritaire, sans brailler  pour toréer à la voix, planté au centre de l’arène et faisant évoluer ses deux adversaires dans un espace réduit. Classe, élégance, originalité c’est sans doute ce que le public d’Orthez a perçu pour fêter si bien l’art de Sergio Flores.

On souhaite à F Montero tous les courages (il en a) de la chance( pour le moment il n’en a pas trop eu) et un apoderado pour lui décrocher quelques contrats. On aimerait avoir vite de ses nouvelles ; on l’a cru très grièvement touché lorsqu’on l’a emmené à l’infirmerie.

Une fois de plus, et sans jamais céder au pessimisme ambiant : vivan los toros !

Jean François Nevière.