Samedi Aire-sur l’Adour, corrida du cinquantenaire de la création des arènes. ¼ d’entrée. Prévue en juin elle avait du être reportée en raison de la canicule.

4 toros de Los Maños

Morenito de Aranda : une oreille et deux oreilles après avis.

Thomas Dufau : silence et palmas après pétition minoritaire.  

Comment se rendre à Aire sans penser à la grande figure d’Ivan Fandiño disparu le 17 juin 2017 ? L’exécution du magnifique pasodoble qui lui a été dédié avant sa mort, donnée entre le 3ème et 4ème toro, au moment de l’arrastre, écoutée debout, nous a rappelé son sacrifice sur le sable de ces arènes Maurice Lauche dont on célébrait le cinquantième anniversaire. C’est toujours un moment d’émotion et de recueillement que d’entendre en ce lieu, cette musique émouvante qui donne toute la portée tragique de l’art que nous célébrons et qui nous est contesté par des icônes de pacotilles rongées par l’ambition personnelle et le goût du lucre. Seraient elle capables d’un courage aussi héroïque… ?

Ceci dit, hommage rendu, la tarde fut un peu décevante: le lot de Los Maños de menos à mas du point de vue du trapio, aux armures souvent défaillantes sauf celles du quatrième n’a pas donné le spectacle auquel la devise Aragonaise nous a habitué : le premier noble mais juste de force, le second réservé, le troisième cherchant les planches, le dernier dangereux.

Morenito de Aranda  est allé a puerta gayola d’entrée. Il a ainsi montré son entrega qui se vérifia toute la journée. On aime chez lui sa science de la lidia, la mise en suerte aux picadors par exemple, alliée à une véritable recherche esthétique, une manière séduisante de toréer avec le corps, avec une douce autorité. Malgré une opposition terne, il a été parfait lors de ses deux passages nettement au-dessus de ses opposants. Son estoconazo à son second toro lui valut une double récompense de la part d’un président que l’on a vu plus sévère…

Thomas Dufau, c’est vrai est tombé sur le mauvais lot. Il a montré dans ce contexte pénible, qu’ il avait du recours et la capacité de se sortir l’épine du pied. Sa première faena fut courte mais le toro ne pouvait guère plus et l’animal ne se fixant guère avant la mort il lui infligea un bajonazo. A son second passage, face au bicho le plus sérieux de l’envoi, qui se réservait sans jamais humilier, il tenta de plaire en entamant une de ces circulaires inversées toujours risquées. Il fut pris sèchement, la taleguilla déchirée sur le bas de la jambe droite sans dégâts, heureusement. Avec courage le landais revint et il tua au second envoi d’une demie lame tendue. Mais les fantômes du passé nous étaient revenus en mémoire à cet instant.

Pierre Vidal

Photos Julien Castaing