Plaza de toros de La Real Maestranza de Caballería de Sevilla. Samedi. Deuxième corrida de la Feria de San Miguel. Lleno de ‘no hay billetes’.

Toros de Victoriano del Río,

JOSÉ MARÍA MANZANARES, en bleu et or, ovation après deux avis et silence après avis

Andrés ROCA REY, en tabac et or – costume de la corrida pacassiana de Malaga- silence et salut au tiers.

JUAN PEDRO GARCÍA ‘CALERITO’, qui prenait l’alternative, oreille et silence après avis.

Ovation aux picadors Paco María et Manuel Jesús Ruiz.

Saluts aux banderilles d’Antonio Manuel Punta, Daniel Duarte, Antonio Chacón, Luis Blázquez, Mambrú et Viruta.

Cartel de no hay billetes à la Maestranza et une fois encore le dicton maudit se répéta : corrida de « expectacion corrida de decepcion ». Andrés Roca Rey ne put répliquer à l’exploit de Morante la veille : la responsabilité en incombe au mauvais lot dont il hérita dans une corrida où il y eut pourtant des individus remarquables : 1eret 2ème encastés, spectaculaires, exigeants, 3ème noble et maniable ; les autres arrêtés, allant aux planches (5ème) et ne se livrant qu’avec parcimonie. Il y en eu donc trois et trois, ce qui pour Victoriano est un bilan honorable mais, manque de chance, pour ce rendez-vous crucial qui devait couronner une temporada exceptionnelle, la star péruvienne toucha la mauvaise paire. Dans le duel à distance qui l’oppose à Morante ce dernier reste donc le patron sur ses terres, bien que, nous le verrons, Andrés ne démérita pas.

Surprise du jour, « Calerito » invité à la table d’honneur y fit bonne figure lors de son premier passage. Il hérita d’un super Victoriano qui prenait les leurres avec émotion, sur la droite surtout. Le jeune homme le passa avec autorité à la cape et construisit une fanea « entonada » mais plus habile que profonde se tenant éloigné de cet animal arrogant et brillant. La codicia du toro et une certaine autorité de l’impétrant enlevèrent le morceau et les tendidos de la Maestranza s’enthousiasmèrent -un peu rapidement. Un estoconazo dans les règles permit au jeune homme de couper un appendice qu’on ne peut lui discuter. Il ne put répéter cet exploit au dernier de la tarde qui s’y prêtait pourtant par sa bonté, et il se montra, à cette occasion, défaillant aux aciers. Grande journée donc pour Calerito qui n’aura pourtant pas vraiment convaincu.

José Mari Manzanares toréait à domicile en quelque sorte car, bien qu’il soit né à Alicante, il est devenu, comme son père avant lui, une sorte de « Hijo predilecto » de Séville. Mais on le sait, José Mari n’est pas dans un très bon moment et on l’a très bien senti tout au long de l’après-midi : il y eut de beaux instants à la cape, des séries estimables à droite par exemple face au quatrième mais rien de réellement construit, maîtrisé sur la durée et des déficiences à l’épée qui pourtant fut longtemps son point fort, lors de ses deux confrontations…

Roca Rey avait rempli l’enceinte et il était attendu comme le messie à Séville où pourtant on brûle des cierges aux idoles locales regardant avec méfiance ceux qui, venus de l’extérieur, tentent de s’y imposer. Le jeune péruvien ne put hier, faire valoir ses arguments principaux : l’entrega et l’intrépidité. Face au 3ème Victoriano, sans gaz ni moteur, triste comme un jour sans pain, il eut une attitude très sévillane : il abrégea au bout de quelques séries et en finit par un bajonazo lâche que tout le monde pardonna. Au 5ème il était disposé à tout et il y eut un début d’espérance lors de ses première séries très engagées, rythmées mais brèves frustrantes car elles ne duraient pas assez. Le toro partant aux planches, il finit la faena sans fioritures inutiles, l’abattant contre la barrière d’une épée habile.

Sans doute le jeune ambitieux était-il plus déçu que le public fataliste de la Maestranza qui sait bien, car il en a vu d’autres, que demain sera un autre jour. Mañana Morante!

Pierre Vidal