Le triomphe du jeune Marco Pérez à Séville, dans des arènes pleines comme un œuf est un des sommets de la temporada comme le triomphe de Roca Rey à Madrid le même jour – toute comparaison gardée-, un moment clé d’une saison unique. Elle aura été semée d’exploits divers qui ont eu des retentissements différends. Ceux de Roca Rey et du jeune Marco Pérez s’adressent non seulement aux aficionados mais aussi au grand public, à la jeunesse qui trouvera dans leurs exploits matière à s’incarner. Il s’agit d’une donnée essentielle pour une pratique artistique attaquée de toutes parts et que l’on accuse de s’adresser d’abord aux « vieux ».

Nous l’avons dit ici souvent: le Péruvien, par son intrépidité canalisée dans les limites d’une tauromachie qui n’enfreint pas les règles de base du toreo, séduit une large frange. Il a cette qualité essentielle dans le monde où nous vivons : l’engagement et c’est pour ça qu’il plaît et qu’il est devenu –quoiqu’on dise- le personnage essentiel de la tauromachie moderne. Son moteur principal. La taquilla en est la preuve indubitable.

De ce que nous en avons vu à Séville, lors d’un festival du Grand Poder fade –à part la prestation de Pablo Aguado-, Marco Pérez possède des qualités semblables à celles d’Andrés. Il fait preuve d’une détermination juvénile étonnante. D’un si jeune homme cette impassibilité face au danger, ce courage froid, cette volonté de tout donner et donc de triompher est sidérante. « La valeur n’attend pas le nombre des années » disait Corneille parlant du Cid, mais il y en a ici une démonstration qui ne laissera personne indifférent et qui a enflammé les gradins de la Maestranza.

Voilà pour les traits généraux, l’attitude globale, mais l’aficionado aura apprécié la qualité du toreo du jeune Salmantino qui vient juste d’avoir 15 ans il y a quelques jours. A la cape pour commencer il connait bien le répertoire. Il accueillit l’excellent Jandilla qui lui échut par de magnifiques véroniques, lentes, longues, données par le bas ; conclues par une demie de luxe. Il partit ensuite pour un quite par gaoneras, exposé, mais sans jamais trembler, le capote précédant le mufle à quelque centimètres. Il était allé à puerta gayola pour débuter… Faena très exposée, sans que jamais la muleta ne soit touchée, exécutée avec une aisance stupéfiante et toujours dans le bon goût sans excès ni singeries involontaires dans les desplantes comme on le voit souvent chez les toreros inexpérimentés. Sa toreria, s’appuie sur une technique solide ; admirable à peine croyable. A séville, il n’est pas tombé dans cette austérité parfois minimale propre à l’école salmantine. Non c’est un toreo joyeux, enivrant que celui de Marco qui exécutera par ailleurs la suerte de matar à la perfection.

Une hirondelle ne fait pas le printemps et de l’eau coulera sous les ponts avant que les rêves de Marco et de ses mentors, dont Juan Bautista, très naturellement fier de cette récompense suprême coupée dans un ruedo historique, même si le chemin sera long et semé d’embûches : une étoile est née. On lui ouvrit la Porte du Prince et avant de revenir au Colon, son hôtel, un cortège bruyant et enthousiaste fit avec lui le tour du quartier très sévillan de l’Arenal; les passants sur les trottoirs lui lançant des cris de  Torero ! Torero ! On n’avait pas vu cela depuis longtemps…

Cela faisait chaud au cœur.

Pierre Vidal

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