Plaza de toros de Ubrique (Cádiz). Samedi. Centième corrida de la temporada de Morante de la Puebla. Lleno.

Toros de Carlos Núñez et Fermín Bohórquez pour le rejoneo, Le quatrième de  Fermín Bohórquez, vuelta al ruedo. 

ANDRÉS ROMEROovation et deux oreilles et la queue.

MORANTE DE LA PUEBLAovation et deux oreilles. 

PABLO AGUADOoreille et oreille. 

A la fin du paseo on a gardé une minute de silence pour le grand journaliste Jesús Quintero disparu à Ubrique. 

On a joué l’hymne national Espagnol.

Un trophée pour ses 100 corridas de toros a été remis à Morante.

Pablo Aguado a brindé son premier toro à Alfonso Cadaval, prévu dans le cartel mais blessé à l’entrainement et le second à Morante.

Les trois toreros sont sortis en triomphe.

Morante a tenu son pari: combattre 100 corridas en une seule temporada; ce qui pour un torero dit artiste semblait impossible. Mais justement, José Antonio est beaucoup plus qu’un artiste ; c’est un torero peoderoso avec beaucoup de moyens et cette touche artistique qui s’ajoute à une vision très romanesque de la tauromachie est une sorte de plus à une technique solide et à une entrega de débutant. Il a bien compris lui aussi que le talent ne suffisait plus; pour jouer les premiers rôles il faut aussi montrer qu’on en a envie. C’est le cas c’est d’autant plus méritoire que c’était son 100ème paseo avec 82 oreilles coupées et 20 Puertas Grandes dans l’esporton…

Cela en fait un personnage à part, qui a intégré la tauromachie dans sa dimension historique. Un torero inattendu et passionnant et il n’aura pas dérogé à cet aura justement gagné pour cette tarde d’Ubrique essentielle qui consacrait la tauromachie comme un art majeur quoiqu’en disent ses détracteurs.

Dès le premier Nuñez, mal défendu -comme ils le furent tous- et de présentation modeste mais conforme  à une arène de troisième catégorie il montra son désir de triompher et cette générosité ne le quitta pas de la tarde: sensationnel à la cape avec une média de cartel, il eut de bon passage à la muleta, sur les deux bords face à un toro qui ne se livra pas totalement mais qu’il sut assujettir. Il tua en trois fois.

 C’est au quatrième de la tarde qu’El de La Puebla montra l’étendue de son génie : de son savoir mais aussi de son goût. Le Nuñez émouvant dans ses charges, lui permit de s’exprimer totalement. A la cape d’bord, on retiendra ce quite escalofriante du “Pont Tragique” (por tafalleras). Il prit les banderilles pour un tiers à màs, terminé par un quiebro por dentro stupéfiant de vérité. La faena, citée des deux côtés, menée par le bas, avec temple, conclue par de superbes naturelles de face, fut agrémentée de détails de la casa : trincherillas, abanicos et autres changements de mains. Trois épées en finirent avec l’excellent Nuñez, elles gâchèrent un peu la fête qui, sans ces ultimes maladresses, aurait valu la récompense suprême.

Bien à son premier toro mais imprécis à son rejon de mort, Andrés Romero construisit une grande faena par la suite au second toro de Bohorquez, inlassable dans ses charges qui fit une vuelta méritée. Le cavalier mit un réjon à puerta gayola faisant lever les tendidos. Torero classique mais efficace, avec l’officio donné par des montures expérimentées, Andres, aidé par l’alegria du toro, maintint le niveau toute la faena : plantant ses banderilles à l’étrier comme il se doit. Remarquable sortie de « Coïmbra » son cheval vedette pour poser les courtes et la rose finale. Un rejon de mort foudroyant lui valut un rabo, sans discussion.

Pablo Aguado avait la lourde tâche de passer après Morante, il le fit avec dignité et confiance. C’est à la cape que le Sévillan brilla le plus grâce à sa lenteur unique. Les deux faenas furent menées avec de bons moments, des séries bien cadencées, qui –comment s’empêcher de comparer ? –  n’avaient pourtant pas la profondeur de celle de son aîné. Il eut du mal avec l’épée, sa vraie lacune. Marchera-t-il sur les brisées de José Antonio ? Il se pose en héritier potentiel, en tout cas.

Grande tarde, consécration de celui que l’on présente désormais comme le « plus grand torero de l’Histoire ». Est-ce trop ? A chacun de juger. En tout cas son apport à la tauromachie, sa capacité à transcender cette lutte à mort entre l’animal sauvage et l’homme pour en faire une œuvre d’art est unique. Sa générosité aussi.

Pierre Vidal