Photo Bruno Lasnier

Arene de Bayonne. 2/3 d’arène. Six taureaux de Arrauz de Robles.

Au premier taureau difficile de Arauz de Robles. Coup de corne avec beaucoup de sang pour Juan de Castilla. 1 oreille. Il part directement à l’infirmerie.

Deux blessures graves à la jambe gauche ; une propre, mesurant 25 centimètres, et une autre blessure plus profonde qui s’étend presque jusqu’à l’anus, dont l’étendue est encore inconnue.

La corrida à été interrompue pour permettre le transfert à l’hôpital.

Vuelta pour Rafael Serna après avis au deuxième taureau.

Vuelta après avis pour Dorian Canton au 3ème taureau

Vuelta pour Fernando Molina au 4ème taureau

Vuelta pour Victor Hernandez au 5ème taureau

Après vote du public c’est Fernando Molina qui affronte le dernier taureau le plus lourd (568 kilos) du lot.

Sixième taureau pour Fernando Molina : blessure également au moment de mettre un descabello. Il vole en l’air haut retombe lourdement et part à l’infirmerie dans les bras de deux banderilleros.

Joseph Peyré le grand auteur taurin béarnais, auteur du prix Goncourt « Sang et Lumières » (à relire) aurait aimé cette tragique après-midi de Lachepaillet. D’abord parce qu’il aurait sensible à la présence d’un compatriote, Dorian Canton, qui n’a pas déparé dans cette jeune élite et surtout par la présence de ce frisson donné par un danger permanent, de cette vérité du combat et aussi (hélàs) de la douleur de la blessure. Le quintet invité a eu bien du courage et du mérite à surpasser ces menaces, montrant ainsi que le métier de torero n’est pas une sinécure et qu’en piste l’on ne plaisante pas avec le toro encasté.

Le lot d’Arrauz de Robles n’était pas d’allure à plaisanter : haut, long, armé jusqu’au dent de défenses astifinas : dès sa sortie il faisait trembler. Un lot âpre pour le torero, qu’il fallait consentir mais aussi dominer ce qui pour nos « promesses » (c’était la corrida des promesses) étaient un rude défi. Un en semble qui développa du sentido et qui s’avéra dangereux jusqu’à sa dernière seconde. Le pire fut le sixième le plus accommodant le quatrième… Les deux échurent à Molina : justice immanente. Ce n’était pas de la tarte, mais disons-le, les cinq « promesses » ont été à la hauteur du défi, chacune à leur manière. Respect et bravo !

Photo Bruno Lasnier
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Juan de Castilla est habitué à ces tardes de coupe-gorge. Il supporta avec le courage qu’on lui connaît la charge incertaine et vicieuse de son adversaire mais, croyant avoir gagné la bataille, il donna une ultime série avec un relâchement qui lui couta une cornada terrible, de deux trajectoires, empitonado sur la cuisse droite durant des secondes d’horreur. Il revint malgré tout, le costume ensanglanté, pour une estocade entière coupant une oreille qui récompense l’incroyable courage du jeune colombien.

Photo Bruno Lasnier
Photo Bruno Lasnier

Rafaël Serna fut, lui aussi, au prise avec une opposition peu amène. Il montra cependant sa classe, son élégance et parvint par moment à donner de bonnes séries de la gauche surtout avec du temple et du « garbo ». Il a de l’allure et de la personnalité mais on l’a vu ici, cela s’appuie sur une maîtrise qui lui a permis de dominer un sujet rétif. Trois pinchazos et une entière tombée douchèrent ses espérances.

Photo Bruno Lasnier
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Comment se comporterait Dorian Canton dans cette rencontre qui s’annonçait si disputée ? Il dut attendre un long moment, la course étant paralysée par la blessure de De Castilla, avant de donner sa réponse dans un contexte devenu pesant en raison de la violence de la cornada. Disons-le tout net Dorian a été à la hauteur. Serein du début à la fin, comme un vieux bricard, il a d’abord montré sa classe à la cape. Très bon début à la muleta avec une longue séquence à droite le toro, exigeant lui-aussi, répondant à ses invites. Hélàs les choses changèrent quand il prit la gauche: l’animal se mit sur la défense et partit en quérencia. L’ambiance retomba et Dorian se défit de son adversaire par deux pinchazos et une épée basse.

Photo Bruno Lasnier
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Fernando Molina eut la chance de se confronter à un permier opposant vibrant, émouvant, qui transmit sa volonté de combattre aux gradins. Le jeune homme saisit l’opportunité et construisit un trasteo complet assumant la charge du toro et connectant ainsi avec l’ensemble du public. Ce ne fut pas toujours parfait mais cette alegria, cette envie et cette capacité de s’accorder avec l’animal plut au public. C’est ainsi qu’il se qualifia pour tuer le sixième, manso, dangereux dont il se sépara rapidement ce qui ne l’empêcha pas de se faire blesser lors d’un ultime « areon » de l’Arauz au moment de porter le descablello.

Photo Bruno Lasnier
Photo Bruno Lasnier

Enfin Victor Hernandez montra sa maturité. Construisant sa faena passe par passe, avec une assurance hautaine et sans jamais céder aux mauvaises intentions de l’adversaire. Ce toreo mature, sérieux et élégant, éxécuté dans les canons laissa le public un peu distant. Sans doute avait-il eu son compte d’émotions au préalable pour percevoir clairement les bonnes manières du madrilène. Une entière bien portée en conclusion permit à Victor de faire une vuelta bien méritée… comme celles de ses camarades… minces récompenses en réalité des immenses efforts de cette jeunesse courageuse et talentueuse.

Mieux que des promesses !    

Pierre Vidal

photographies Bruno Lasnier

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