Lunes de Semana Santa

Entrada de la Virgen de la Esperanza de Triana, 2019, Séville.

Que l’on y croit ou pas, on ne peut pas rester indifférent à cette foi populaire qui s’exprime ici. C’est aussi une chorégraphie unique, basée sur une longue et complexe tradition qui s’est transmise de générations en générations dans un monde dominé par la consommation, l’argent, la laideur, l’injustice et les inégalités.

Comme la corrida et par les mêmes, la Semaine Sainte est critiquée désormais. Ceux qui l’attaquent ne sont pas sensibles à sa beauté, à la nécessaire spiritualité de l’être humain que l’on ne peut pas réduire à un simple consommateur. La Semaine Sainte c’est avant tout l’expression d’appartenir à une même culture, à un même peuple, le partage d’une tradition, une fierté légitime d’avoir su garder en l’état un héritage unique.

Cette année il n »y aura pas de Semaine Sainte en Andalousie. Ayons une pensée pour nos amis, nos frères espagnols si durement touchés par le coronavirus.

PV

France Bleue: « Coronavirus : matadors confinés, toreros sans toros, c’est la crise, l’inquiétude, la peur ! »

Encore une très sérieuse enquête de France Bleue Gascogne, Pays Basque et Béarn. Elle fait bien le point sur la très difficile situation de la tauromachie. On le voit dans cette enquête, pour nos matadors ça n’est pas la joie, même s’ils font face et gardent le moral. Il faudrait ajouter à cela, la situation de nos éleveurs qui devient de plus en plus critique. Bravo France Bleue pour ce beau travail journalistique. L’utilité du service public n’est plus à démontrer.

Pierre Vidal

Dimanche 5 avril 2020 à 18:45 – Par Valérie MosnierPierre-Albert BlainFrance Bleu GascogneFrance Bleu Pays BasqueFrance Bleu BéarnDépartement Landes, France

« Les matadors de toros confinés, la tauromachie interrompue et sans doute pour toute la saison, ils sont plusieurs toreros français à vivre bien différemment la période d’inactivité actuelle. En attendant sans trop y croire une reprise d’activité qui leur semble bien lointaine.

Thomas Dufau, le matador landais, publie cette photo sur sa page Facebook : "Après quelques jours enfermés.."
Thomas Dufau, le matador landais, publie cette photo sur sa page Facebook : « Après quelques jours enfermés.. » – Thomas Dufau

Les matadors de toros confinés, la tauromachie interrompue et sans doute pour toute la saison, ils sont plusieurs toreros français à vivre bien différemment la période d’inactivité actuelle. En attendant sans trop y croire une reprise d’activité qui leur semble bien lointaine.

Dufau, au jardin

Thomas Dufau s’estime chanceux. Le Gascon est chez lui sous les pins du Bas-Armagnac avec sa compagne. Le torero s’est mué en jardinier, Dufau torée ses plans de tomates et ses salades. Il estoque les limaces et affronte les pucerons. « Je suis devenu Charles Ingalls », dit-il, « la petite maison dans la prairie des Landes ».

Loin des arènes, il n’a pas vraiment le goût à la chose taurine : « Je vois les images tous les jours, c’est abominable ». Thomas Dufau savoure cette chance de calme et de silence loin des turpitudes vécues par beaucoup. Il plaint, dit-il, ceux qui n’ont pas la chance comme lui de se retrouver dans un havre, loin de la fureur et de la peur. Il s’entraîne tous les matins, court un peu, respire la forêt et coupe du bois. « Ça lave la tête », soupire-t-il.

Loin de Pouillon mais à l’abri

Clément Dubec, lui, est à Nîmes. Le Pouillonais « Clemente », son nom de torero, est allé se réfugier chez sa fiancée provençale. Il s’entraîne dans le garage, fait la cuisine et s’est re-découvert une passion pour la lecture. Les livres pour ne pas être totalement dans l’addiction de l’information. Clément Dubec, qui ne regrette pas avoir quitté l’Espagne, estime, avec regret pour lui et pour tous les gens de toros, que la saison est fichue : « Il y a des choses bien plus essentielles ».

Adrien Salenc aussi est à Nîmes, chez ses parents. Il a eu la chance d’attraper un des deniers vols depuis Madrid où il réside : « La peur de ma vie, j’ai cru être bloqué et ne pas pouvoir rentrer. Je ne m’imaginais pas attendre la suite des événements loin des miens, seul dans ma petite maison du centre de Madrid ». La demeure paternelle est en dehors de la cité d’Auguste, en bord de garrigue. Il se lève le plus tard possible et va courir. Pour se vider la tête plus que pour s’entretenir vraiment. Adrien Salenc dit être en contact permanent avec sa cuadrilla, ses amis, ses proches de l’autre côté des Pyrénées. Il est inquiet. De plus en plus. Car il ne voit pas d’issue proche pour l’Espagne, qui, insiste-t -il, « ne dispose pas du système de soins que l’on connait en France. C’est la pagaille, en Espagne tout dépend des gouvernorats provinciaux, il n’y a pas d’unité dans la prise de décision ». 

Le Béarn loin des arènes, à l’air pur

Dorian Canton est en ses terres de haut Béarn, avec sa famille, à Asson, bourgade paysanne du piémont pyrénéen, dans un environnement plutôt favorable. Le néo-matador, sacré à Villeneuve-de-Marsan en août dernier, avait quelques contrats cette saison pour sa première véritable temporada professionnelle. Au cœur de son clan il bénéficie de l’avantage important en cette période d’être lui aussi au sein d’une sorte de cocon protecteur. 

Quant à Juan Leal, il est à Séville, dans la maison de son mentor, le Dacquois Maurice Berho, et soutient l’initiative de fabrication de masques de protection. Une situation que le jeune arlésien exilé prend avec distance et fatalité, il devait faire une saison tonitruante inscrit qu’il était dans toutes les grandes ferias, Valence, Madrid, Pamplona, Vic, Dax. Une année peut être pour rien si la pandémie perdure.

El Adoureño coincé en Espagne

Il a fait ses études secondaires à Mont-de-Marsan avant de devenir matador de toro, sacré à Dax en septembre 2018. Avant cela et pour construire sa carrière il a quitté le Gers pour l’Espagne et c’est là qu’il est coincé, à Ségovie, dans la maison de son fondé de pouvoir. Il est très inquiet et vit la situation difficilement. 

À tout juste vingt-trois ans, Yannis Djeniba est redevenu avec la crise un jeune homme comme les autres. Bouleversé, doutant de l’avenir. Loin des arènes et de son alternative dacquoise, de son désir d’avenir, de ses envies de toros. El Adoureño n’a pas pu fuir un pays qu’il a vu se transformer, explique-t-il la gorge serrée, en quelques jours à peine. Il n’a pas pu rentrer à Nogaro. 

La Castille a sombré en vingt-quatre heures

En lieu du calme gersois, il est confiné dans la maison de son apoderado au centre-ville de la cité médiévale de Ségovie, au nord de Madrid. Il tue le temps à visionner des films taurins, il a peu d’espace, court sur son tapis roulant et attend l’issue de la terrible histoire que vit l’Espagne. Car Yannis Djeniba s’est retrouvé au cœur de la pandémie. « La Castille a sombré en vingt-quatre heures », explique-t-il « on n’a rien vu venir. On se sentait loin, à Ségovie on croyait être épargnés. Ici, le climat est lourd, le silence n’est rompu que par les sirènes des ambulances, c’est étouffant, terrifiant »

Il avait dix contrats déjà pour la saison dont Aignan à Pâques, puis Eauze et Orthez. Mais les rêves de succès sont loin. « L’inquiétude est générale, on évacue des gens vers Madrid et Valladolid, l’hôpital de Ségovie ne plus accueillir de malades. C’est l’angoisse permanente ».

Valérie Mosnier

Valérie MosnierFrance Bleu Gascogne

Pierre-Albert Blain

Pierre-Albert BlainFrance Bleu Gascogne

ESPANTADAS D’EL GALLO

Suite des textes taurins à lire durant cette période de confinement propice à la découverte intellectuelle; dans la série « toreros d’hier »… ce choix superbe d’Inca Virgo arte (?, bis)

Protégez-vous. Prenez soin de vous.

Continuez à envoyer des textes que vous aimez: pierrevidal.ratabou@orange.fr

Voici un extrait de l’ouvrage de Jacques Francès « SANTIAGUITO », édit. UBTF (1996),consacré à Rafael Gómez « El Gallo » (Le Coq)(1882-1960), connu aussi sous le sobriquet de le  » divino calvo » (le divin chauve).

Page après page, la plume de SANTIAGUITO captive en relatant la vie et le parcours tauromachique de ce torero hors normes. 

« El Gallo » fut un torero original, un torero picaresque avec le sang de la sincérité irriguant sa personnalité. Parfois quand un toro lui infusait la peur, il l’exprimait ouvertement comme le ferait Buster Keaton dans un film. C’est drôle, cocasse. Mais aussi pathétique  dans une arène où la norme pour un combattant est de bomber le torse de courage…Lui, « El Gallo » n’avait pas peur de ce qu’il était, de ce qu’il ressentait. Il vivait ce qu’il était. 

Les anecdotes concernant sa vie personnelle, ses triomphes et défaites dans le ruedo, dévoilent les facettes d’une personnalité attachante, émouvante, profondément humaine.

Avec mes salutations tauromachiques.

Inca Virgo arte

Extrait de « El Gallo » – Orfèvre de l’éphémère de Jacques Francès « SANTIAGUITO », édit. UBTF (1996)

Chapitre X

Les espantadas

Oscillant, (…), entre « les plus hautes cimes du sublime et les plus profonds abîmes de la laideur », Rafael « El Gallo » fut de tout temps un torero déconcertant alternant (…) les temporadas rayonnantes et les saisons calamiteuses, passant du succès le plus tonitruant aux fracasos les plus honteux, allant même au cours d’une même corrida, voire pendant la lidia d’un même toro, de la plus extraordinaire inspiration à la peur la plus incontrôlée. Ainsi commençait-il certaines faenas d’un air assuré, avec la meilleure réussite, pour lâcher tout à coup muleta et épée, rouler en tous sens des « yeux inquiets, veinés de sang » (Paco Tolosa) et finir, par un plongeon grotesque, derrière les planches. Saisi par ses vieux réflexes de panique héréditaire, par les vieilles superstitions de la race, le fakir andalou abandonnait alors toute vergogne, préférant, au coup de corne, la sauvegarde du callejón.

Incompréhensibles, ces déroutes subites prirent le nom fameux d’espantadas, et l’on ne vint voir le « Gallo » que pour des victoires majuscules ou de terreuses retraites.

C’est pourquoi l’on écrivit que le « Gallo » avait été le premier torero de l’histoire à avoir fait admettre la peur dans l’arène. La peur est, en fait, aussi vieille que le toreo mais les toreros mettaient jadis un point d’honneur à la dissimuler.

Lui au contraire, le gypsie lunatique, il n’éprouvait pas la moindre honte à étaler ses frousses et à détaler comme un lapin s’il trouvait au toro un air sournois ou s’il lui paraissait que le bicho « était de couleur verte » !

La sanction était évidemment les trois avis présidentiels, la rentrée du toro vivant au toril et, selon l’humeur du public, les plaisanteries ou la bronca. Rafael de son côté acceptait les injures, les moqueries et les pluies d’agrumes avec une philosophie héritée de Sénèque, indifférent au scandale, avec l’air de penser qu’après tout son royaume n’était pas de ce monde. A moins qu’il ne prît, comme cela lui arrivait parfois, un air de vieux cacatoès malheureux et qu’il ne rentrât du combat l’épée basse, la lippe tombante et le regard mi-clos.

Jamais, en tout cas, il n’abandonnait son humour. Ainsi, un jour qu’il s’était montré piteux à Madrid et qu’il se retirait sous un déluge de projectiles, son compagnon d’armes, Vicente Pastor, lui dit pour être aimable : « Quel public cet après-midi, Rafael ! », et le gitan de répondre : « Pour vous il sera splendide. Je l’ai laissé aphone pour le reste de la soirée. »

On a beaucoup cherché à savoir comment, d’une seconde à l’autre, « Gallo » pouvait ainsi passer du meilleur au pire, du détail lumineux au coup de torchon affolé, du desplante arrogant à la fuite éperdue, de la naturelle la plus serrée à l’estocade ignominieuse dans le gilet, et comment il vit, au bout du compte, tant de toros rentrer vifs au corral.

On a d’abord cherché des explications dans d’obscures superstitions. Sans doute « El Gallo » n’était pas sans faiblesse de ce côté-là, encore qu’il se fût toujours défendu d’avoir l’esprit impressionnable : « Je ne suis pas superstitieux, disait-il. Je suis dévot du Jésus du Grand Pouvoir et de la Vierge de l’Espérance. » C’est vrai qu’il était religieux, et les jours de corrida ses prières allaient à la Vierge de la Rosée. N’empêche : il portait souvent au doigt une bague en or avec, gravé, le chiffre 13 et il voyait souvent le diable dans les chats noirs et les serpents. N’empêche aussi qu’à Grenade (voyez à quel point cet homme est surprenant) un spectateur lança un jour à ses pieds une couleuvre morte. Interrompant sa faena, « Gallo » prit la couleuvre sans s’émouvoir le moins du monde, la mit à la ceinture et continua son récital sous les acclamations ! En revanche, dans le village de Celaya, après s’être habillé de lumières il réclama une pomme de terre, en coupa deux rondelles régulières qu’il plaça sous ses talons et il eut ce soir-là une tarde triomphale.

De telle sorte qu’en fait de superstition, tout dépendait du jour et de l’heure.

(…)

Rafaël Gomez Ortega « El Gallo », dit « le divin chauve », dans ses oeuvres.

Faites comme lui!

Le Maestro Juan Leal à l’action contre le corona.

El Rafi

Comme vous le savez, aujourd’hui devait avoir lieu la novillada de la Cape d’Or.

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En prévision de cet évènement important pour notre peña, nous avions envisagé de diffuser de brefs reportages consacrés aux protagonistes de cette journée, à savoir les trois novilleros et l’éleveur.

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Nous ne savons pas à ce jour ce que sera la Cape d’Or 2020.

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C’est pourquoi nous ne souhaitons pas diffuser l’intégralité de ces reportages réalisés en fonction du cartel. En revanche, en ce jour qui devait un jour de fête et d’ouverture de la temporada dans les arènes de Nîmes, nous souhaitons cependant diffuser un de ces reportages. Il s’agit de celui consacré à Raphaël Raucoule EL RAFI, double vainqueur de notre trophée.

Prenez soin de vous et à bientôt autour des toros…

(Communiqué)

http://torofiesta.com

Suspension à Eauze

La journée taurine d’Eauze prévue le 5 juillet prochain a été suspendue en raison de l’épidémie de covid-19. Cette journée était composée d’une novillada sans picador le matin et d’une corrida le soir.

Toros y Arte change de dates

AMIS AFICIONADOS

La Peña Jeune Aficion communique le changement de date de sa traditionnelle semaine taurine « Toros Y Arte » et ce en raison des conditions météorologiques adverses subies ces dix dernières années… Malgré cela aucune des novilladas annoncées le 11 Novembre n’a été annulée (par respect pour les aficionados).

Dorénavant « Toros Y Arte » aura lieu fin Septembre début Octobre.et cette année 2020 du Samedi 26 Septembre au Dimanche 4 Octobre; jour de la novillada..

Bien entendu tout cela sous réserve d un retour à une vie sociale normalisée.

En attendant cada uno a su sitio!!

Report Féria Alès

La Féria d’Alès est reportée fin Août

Nîmes, la féria compromise selon le maire

Selon la Gazette de Nîmes : « En accord avec l’organisateur Culturespaces, Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes, confirme le report des Grands jeux romains du 23 au 25 octobre. Et annonce qu’il en sera probablement de même pour la Feria de Pentecôte, reportée de mai à septembre ».

https://www.lagazettedenimes.fr/live/5e870d109d78280038dc8c3b/video-apres-les-grands-jeux-romains-la-feria-sera-probablement-reportee

France Bleue, « Coronavirus : Landes, Pays Basque, Béarn…un été sans corridas !

Très bon papier de France Bleu, un vrai travail d’investigation. Bravo! Avec au bout un résultat (hélas!) probablement très réaliste.

PV

https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/coronavirus-landes-pays-basque-bearn-un-ete-sans-corridas-1585762910?fbclid=IwAR3yFfGYu2Kdi2Fsn0htGAEYtbCP2_0xumsobyyqYLdfYdBrb5rdQTuFWc4

Vendredi 3 avril 2020 à 8:42 – Mis à jour le vendredi 3 avril 2020 à 9:09 – Par Valérie MosnierPierre-Albert BlainFrance Bleu GascogneFrance Bleu Pays BasqueFrance Bleu BéarnDépartement Landes, France

« Le sud-ouest, et plus généralement la France taurine, privés de corridas cet été, voire toute cette saison…C’est possible. C’est même envisagé par les principaux acteurs. En pleine période de confinement, Garlin le 5 avril, Arles, Aignan, Mugron, les rendez-vous de Pâques, sont annulés ou reportés.

Photo d'archives
Photo d’archives © Radio France – Pierre-Albert Blain

Les dates à suivre Aire, Bougue et la feria de Vic, fin mai, sont également suspendues. Mais au-delà des programmations immédiates c’est bien toute la temporada, Mont-de-Marsan, Dax et Bayonne comprises, qui est très sérieusement menacée.  

Peu de monde pour croire à une possible reprise. 

Alain Lartigue, l’homme d‘affaires qui intervient pour les arènes de Bayonne, Vic-Fezensac, Mont-de-Marsan, Arles et plusieurs plazas des Landes, est catégorique : « Il sera impossible d’organiser la saison. Au regard de la casse sociale et psychologique que l’on peut imaginer qui va  découler de cette épidémie. » Son fils spirituel Jean-Baptiste Jalabert avec lequel l’ex-bâtonnier bayonnais est associé à Arles, comme dans la préfecture des Landes, s’est finalement rangé à l’avis de son aîné après avoir essayé d’être optimiste. 

Même son de cloche chez Pascal Lavigne de la commission taurine dacquoise : « La levée du confinement sera progressive. Lente, sur possiblement plusieurs semaines voire plusieurs mois.  Et rien ne permet de dire quand, nous n‘avons aucune visibilité ». Le dacquois qui dit aussi « Le devoir de décence obligatoire au cœur de la pandémie. Il sera temps un jour de parler de tout cela. » Et Alain Lartigue d’ajouter : « Comment imaginer réunir en juillet, en août ou même en septembre des milliers de personnes venues des quatre coins de France et de l’étranger ? Des gens qui auront connu l’angoisse et pour certains la maladie ou la perte d’un proche. » 

Christophe Andiné ne dit pas autre chose. Le président de la commission taurine montoise avoue « ne pas avoir la tête aux toros en ce moment ». Tous soulignent aussi que la frontière espagnole fermée durablement, il est très difficilement imaginable d’envisager organiser une saison, même au cœur de l’été.

En Espagne plus rien n’existe que la lutte contre la pandémie

D’ailleurs, la San Isidro de Madrid, le plus grand événement taurin au monde qui devait débuter mi-mai pour un mois est à l’arrêt. La San Fermin de Pampelune début juillet, manifestation qui attire des aficionados du monde entier par dizaines, par centaines de milliers, est reportée. 

L’Espagne confinée, la frontière fermée, le marché taurin interrompu, la conséquence pour la France taurine est donc sinistrement simple : la fin de toute activité, l’absence de perspectives. Personne en Espagne n’ose parier sur la sortie de crise. 

Chez Pedraza de Yeltes, à Salamanque, élevage qui devait livrer corridas à Vic, Mont-de-Marsan et Dax, on est très pessimiste. Les préoccupations sont tout autre. Idem pour Rafael Cruz. L’éleveur de Ciudad Rodrigo qui avait course à Dax cet été n’est pas dans l’optique de parler de toros, confiné qu’il est avec toute sa famille, en relative quiétude dans sa propriété castillane, où, dit-il, il jouit d’une situation exceptionnellement favorable « comparé à tant d’autres gens sur terre ».

Toute la tauromachie espagnole est sidérée, tétanisée, ajoute Rafael Finat, propriétaire au sud de Tolède de la ganaderia de Conde de Mayalde. Le matador Alberto Lamelas s’entraîne dans son salon après avoir poussé les meubles de son petit appartement de Madrid. Domingo Lopez Chavez qui était programmé dans toutes les ferias de la région s’occupe de ses enfants et angoisse pour la terre entière. Le banderillero vedette Rafael Gonzales rappelle son inquiétude qu’il avait confiée lors de sa dernière venue en France, le 1er mars à l’occasion du festival taurin de Mont-de-Marsan. 

Alors, des toros en France cet été ?… Il faudrait pour ce faire la fin du confinement espagnol, la réouverture de la frontière et la capacité à organiser dans des conditions qui seraient de toute façon très particulières. Quant à faire éventuellement avec du bétail français, dans l’hypothèse d’une fin de pandémie chez nous, la France ne dispose pas de vingt lots de toros à proposer. Et avec quels toreros si les professionnels espagnols, matadors, banderilleros, picadors sont toujours confinés ?

Impossible temporada ?

La réalité des faits donc vient contrarier les espérances et rêves de certains. Plus qu’un été sans ferias il semble bien donc que l’on s’oriente en effet vers une saison sans corrida. Alain Bonijol, principal fournisseur de chevaux de picadors en France (il sert notamment Vic-Fezensac, Mont-de-Marsan et Dax) est fataliste : « Cela ne sert à rien de tirer des plans sur la comète. La temporada est fichue. »

Le Nîmois, installé dans le Gers, vit sa deuxième année de galère après que son élevage ait été frappé par une infection sérieuse l’an dernier, laquelle a bien failli le laisser sur la paille. De fait, il n’est pas besoin d’être visionnaire pour imaginer qu’il sera très probablement impossible d’organiser une saison. Même au cœur de l’été. 

Thomas Dufau, le matador landais, continue de s’entraîner, sans trop y croire. Dans son village du Bas-Armagnac le Gascon toréé des cornus invisibles dans la solitude des grands pins. 

« Chaque jour qui passe nous éloigne d’une perspective de reprise », ajoute Pascal Lavigne de la commission taurine dacquoise. Le manque de visibilité quant à la fin du confinement, l’obligatoire levée très progressive de ce dernier, renvoie les acteurs de la tauromachie du sud-ouest à la réalité. La frontière avec l’Espagne fermée durablement, le pays voisin dans une situation épidémique terrible, comment imaginer une issue heureuse et relativement proche pour les aficionados et les professionnels ? 

Les Vicois qui avaient un temps reprogrammé leur feria de Pentecôte au 11,12 et 13 juillet, admettent désormais que leur optimisme a pris du plomb dans l’aile. Et Serge Villetorte, organisateur de la feria de Parentis-en-Born, qui a lieu chaque année au début du mois d’août, de conclure : « La priorité et l’urgence sont ailleurs. On ne peut pas ignorer ce qu’il est en train de se passer et faire comme si tout allait renter dans l’ordre en quelques jours. »

En Espagne, la Semaine Sainte qui devait débuter lundi et qui est l’un des temps essentiels du calendrier espagnol, aura cette année, assurément, un goût de cendres.  

Valérie Mosnier

Valérie MosnierFrance Bleu Gascogne

Pierre-Albert Blain

Pierre-Albert BlainFrance Bleu Gascogne

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