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Le prochain Café Toro

Décès de Georges Audouy, dit Dudule.

Pour tous les aficionados c’était Dudule ou « hop!, hop,hop ». De son vrai nom
Georges Audouy , le populaire monosabio de la cuadra HEYRAL vient de nous quitter. Grand râleur , il avait été intégré par Loulou Heyral dans son équipe , à la demande de l’empresa nîmoise et biterroise, pour le canaliser et éviter qu’il ne soit à l’origine d’émeutes sur les gradins. Il s’en est suivi pour ce personnage haut en couleur des années d’amitié avec la famille Heyral et de passion au service du tercio de piques. On gardera tous en mémoire son acte héroique pour protéger un cheval privé de cavalier lors d’une corrida dantesque de Los Bayones à Nîmes.

DEP TORERO

PHOTO FRED SAN NICOLAS

RT

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Le feuilleton Madrilène

Ainsi débute le grand marathon taurin madrilène : celui qui fait et défait les carrières, que l’on prépare avec soins, qui fixe toutes les attentions, qui sera déterminant pour l’avenir de chacun de ses acteurs mais aussi pour l’ensemble de la tauromachie. Les Français y seront bien représentés et on leur souhaite bonne chance bien que nous ne sachions pas, à l’heure où nous écrivons ces lignes quel sera le résultat de la prestation de Thomas Dufau, qui joue ce soir, une partie décisive pour son avenir ; comme le sera celle de Juan Leal ; Sébastien Castella et Léa Vicens n’ayant plus rien à prouver. Sébastien néanmoins est un torero de Madrid et nous verrons si le public difficile de la capitale lui garde son affection. Séville, et cette corrida de Miura, sur laquelle il comptait tant, n’eut pas le résultat que le Bitterois, afincado désormais sur les bords du Guadalquivir, avait espéré.

Séville fut un bon cru sur le plan commercial avec de nombreux llenos, comme sur le plan artistique avec ce triomphe exceptionnel de Pablo Aguado, ce sursaut de Morante, une puerta grande du Juli contestable (mais bon…), une bonne corrida de Fuente Ymbro et une intéressante de Victorino Martin pour pointer les faits les plus saillants. Mais aussi une incompréhension injuste face au jeune Roca Rey qui s’est joué la vie dans l’indifférence et une inattention pueblerina. Séville sera toujours Séville, chauvine, légère, enjouée et la qualité de son aficion ne va pas en s’améliorant. On notera tout de même un effort dans la présentation du bétail et des cartels rématés qui ont attiré le public malgré des prix prohibitifs (c’est la crise toujours en Andalousie…).

La San Isidro intervient dans un contexte politique complexe en Espagne avec trois élections successives. La première a été un large succès pour le PSOE. La seconde, les élections européennes, devrait confirmer cette réussite. Pour ce qui concerne les municipales qui suivront, les résultats sont plus incertains et les arrangements locaux primeront. La tauromachie est devenue l’otage des politiciens. Pacma le parti animaliste a réuni près de 350 000 voix et autour de 20 000 en Andalousie ; d’un autre côté Podemos qui nous est foncièrement hostile a dégringolé et le PSOE ne songe plus à une alliance avec eux. Le pire est donc évité…

Mais quelle stupidité de la part de Morante ou autre Paquirri de s’être affichés derrière l’extrême-droite : « Vox » ne faisant pas la percée attendue. Morante n’est plus de la Puebla qui a donné son vote très largement à la gauche. Le « milieu taurin », pour une bonne part a soutenu la droite populaire et le PP s’est effondré perdant près de la moitié de ses sièges. Il y eut des déclarations intempestives pour soutenir les « populares » et Ciudadanos autre vainqueur de ces élections ne s’est pas montré chaleureux à notre égard.

Ainsi les deux partis qui se sont affichés pro-corrida se sont effondrés. Cela donne à penser sur la clairvoyance politique des taurins…  Heureusement, Victorino Martin qui est désormais le porte-parole de la tauromachie « tras los montes » a eu une position prudente, restant sur la réserve. C’est la sagesse : en effet la corrida n’appartient à personne et même si Pedro Sanchez (le président PSOE) a déclaré ouvertement son hostilité à notre égard, il y a de nombreux aficionados à gauche en Espagne et notamment des hiérarques socialistes ; citons pour mémoire Alfonso Guerra.

Souhaitons que cette San Isidro, menée habilement par Simon Casas, soit bien l’événement attendu. La réponse commerciale semble d’ors et déjà excellente comme elle le fut à Séville et comme elle le sera à Grenade et à Jerez. La tauromachie doit prouver, toujours et toujours, son enracinement populaire. Elle doit montrer qu’elle touche un large public et pour ce qui est de la San Isidro qu’il s’agit un événement qui suscite l’intérêt du public et des médias : La Razon, ABC et El Mundo ont fait leur « une » du début de féria. Biiien !

Indépendante des partis politiques la corrida se porte mieux à condition de prouver sa vitalité : c’est ce que nous attendons du feuilleton madrilène.

Pierre Vidal   

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Pour les infos de ce samedi

Les deux rédacteurs se promenant tra los montes, les infos (Séville, Orduña,..) concernant les courses de ce samedi seront mis en ligne dans la nuit. Vous pourrez les lire dimanche matin au petit déjeuner avant d’aller à Bougue.

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Les arènes de La Muela ré-ouvrent

Situées au sud de Saragosse ces arènes abandonnées depuis 2008 furent longtemps très actives. Elles vont donc rouvrir leurs portes pour un festival où reviendra Jesus Milian, le torero aragonais qui fêtera ses 20 ans d’alternative. Une bonne nouvelle qui montre la vitalité nouvelle de la fiesta en Aragon puisqu’ après Ricla et Jaca (en juillet) c’est désormais La Muela qui revient aux toros.

« Beneficencia » : cartel signé Diego Ramos

Il n’y a pas à dire C’EST BEAU !

Avec Jean Michel Mariou « Dans l’intimité de la cuadrilla »

Il a fait ce que nous rêvons tous de faire et que nous n’avons pas fait car nous n’en avons pas eu le courage : il est allé de l’autre côté du miroir. Il a réalisé le fantasme de l’aficionado en occupant le poste le plus modeste et pas le plus facile : chauffeur de cuadrilla pendant trois temporadas. Trois, c’est beaucoup… Chauffeur auprès d’un torero qu’il aime : Juan Leal. Ainsi il décrit de l’intérieur les trois années de galère de ce jeune torero plein de talent et de courage auquel, comme nous l’avons dit ici, on n’a jamais fait de cadeaux et qui « sait où il veut aller ». La sincérité du propos, son authenticité imprègnent cette… faut-il dire « saga » ? Ou plutôt « road movie », puisque, la route, la camionnette et les hôtels dits taurins constituent le décor essentiel du propos de Jean Michel Mariou. Ce ne sont pas des trajets isolés, quelques kilomètres assis au volant du coche, pour faire le beau mais une véritable immersion et cette « honnêteté » fait la beauté du livre. Ainsi on sent qu’il approche la complexe « vérité du toreo ».  

C’est un livre de genre et comme toujours il semble que tout a été dit sur le sujet par tant de prédécesseurs géniaux : Hemnigway -quoiqu’on en dise-, mais aussi Joseph Peyré –auquel il se réfère-, Montherlant ou Jean Cau embarqué en son temps dans la cuadrilla de Jaime Ostos… Justement les temps ont changé depuis Ostos. Mariou fait sauter ces clichés, ces fameux « topicos », ces lieux communs, ces chromos qui meublent notre imagination conservatrice d’aficionado de base. Lire Mariou ça rend modeste et admiratif, respectueux de la vie de galérien de ces hommes que nous voyons, nous, en costume de lumière, un sourire de défi aux lèvres; qui suscitent notre envie, meublent nos désirs, nos rêves et parfois aussi nos cauchemars, car ce n’est pas un chemin semé de roses que celui du milieu taurin.

Nous n’imaginions que vaguement ces milliers de kilomètres avalés précipitamment par cette « chevalerie errante », ces courtes siestes les bras posés sur les comptoirs de modestes hôtels, ces chambres partagées avec des ronfleurs sonores et cette fraternité d’arme dans les moments essentiels. Ce n’est pas une vie diront les gens sensés et justement c’est leur vie et sans doute la vie, tout simplement… Une vie d’angoisse faite de longs moments d’attente et de courts instants de bonheur intense lors des trop rares soirs de triomphe. « Dans l’intimité de la cuadrilla j’ai beaucoup appris »…   

Nous avons aimé l’érudition de Mariou, ses références. Elles sortent des sentiers battus : ce sont des anecdotes anciennes mais nouvelles pour le lecteur. Elles renforcent le propos. Elles soulignent la filiation : tout cela, cette vie de torero si peu conforme à la norme, n’est pas en place par hasard… Il y a un passé, une longue et glorieuse tradition, picaresque sans doute mais profonde et riche aussi.  Y-a-t-il un futur ? Mariou ne se pose pas la question ; elle est implicite au propos. Comment accepter la perte de cette culture, sa confiscation par les Grands-Prêtres du politiquement corrects, les Ayatollahs de la société de consommation ?

C’est donc un livre essentiel. Pour dire les choses simplement : un des meilleurs qui ait été écrit sur le sujet depuis longtemps.

Pierre Vidal

Jean-Michel Mariou « Le Chauffeur de Juan », « Faenas », éditions Verdier. Roman. 224 p. 15,50 €

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